SOMMAIRE DE LA CAUDRIOLE N°23
Septembre
Octobre Novembre Décembre 2007
Illustration BD
page 2
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Patrick
MERIC
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JEUNES |
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Toc ! Toc !
Toc et Tut Tut page 3
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Collège Renaud-Barrault |
Zéro à l’alcool page 3
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Collège Renaud-Barrault |
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J’ai vu page 3 |
Ecole Ferdinand Buisson |
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Le poids du silence et Blessée page 4 |
Stéphanie
BONNEVILLE
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Grégory page 5 |
Fanny CANONNE
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Le camping page 6 |
Thomas
WANESSE |
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Le Père-Noël est absent
page 6 |
Sébastien
DELPORTE |
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HUMOUR ET PATOIS |
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Mimile et les courts jours
page 7 |
Charles LEMAIRE |
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Pouquo mi page 8 |
Hector
Melon d’Aubier* |
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Francis LESAGE |
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ADULTES |
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Le temps passe page 9 |
Véronique
ROBERT |
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Daniel
JACQUEMIN |
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Le verbe aimer page 11 |
Geneviève
BAILLY |
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L'armure et le
chien
page 12 |
Les
Granges |
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La reine de mes pensées page 13 |
Anthony
CANONNE |
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La plage en hiver page
14 |
Georges
RATEL |
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Tout est jeu page 15 |
Brigitte
CAPLIEZ |
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Marcher page 15 |
Brigitte
CAPLIEZ |
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Le Pitre page 16 |
Roger
DEVILLERS |
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La nuit des grillons
page 17 |
HERTIA-MAY |
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Mon amant page 17 |
Floriane
KUROWIAK |
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Les saisons de la vie
page 18 |
Charles-Jean
JACQUEMIN |
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Les mots-maux page 19 |
Marie-Antoinette
LABBE |
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Lassitude page 19 |
Thérèse
LEROY |
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Nos ancètres page 20 |
Gilbert de SAINTE MARESVILLE |
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Le moissonneur page 21 |
Marcel
LESAGE |
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Point du jour page 22 |
Francis
LESAGE |
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Cadeau du ciel page 22 |
Christelle
LESOURD |
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Naissance page 23 |
Jean-François
SAUTIERE |
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De vivre page 24 |
SAINT-HESBAYE |
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NOUVELLE |
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Le corbeau et la pie page 25 |
Yann VILLIERS |
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Dans ses yeux page 26-27 |
Pascal BIRDY |
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A la mémoire de mon mari
page 28 |
Thérèse
LEROY |
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Un incroyable voyage
page 31 |
Mlle
BARDIAUX |
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* Retrouvez l’auteur dans la revue littéraire. |
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COLLEGE
RENAUD-BARRAULT |
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TOC ! TOC ! TOC ! Mamie
arrive Attention ! Mamie
attention ! Tu vas
tomber Dans
les escaliers. Boum !
Boum !
Boum ! Sur
les billes d’Anthony Gliiing !
Gliiing !
Gliiing ! Heureusement Papa
la rattrape !
Vanessa TUT TUT Vrrrrrroum Mon
grand frère est content Il
essaie sa voiture Tut tut iiiiiiiiiiiiiiii…. Geoffrey E ZERO A L’ALCOOL Zéro à la conduite
Zéro à la bagarre Des jeunes Alcooliques Zéro au décès De son frère au volant Zéro aux
ravages Foie malade garanti. Karim |
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J’AI VU DE MA FENETRE : |
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J’ai vu une chouette Qui faisait de la trottinette.
Il y avait un escargot Qui faisait du vélo. Il y avait un papillon
Il y avait un arc en ciel Qui avait des ailes. Il y avait un crocodile Qui se faisait les cils. Il y avait une fleur Qui était belle comme un cœur. Mathilde Ecole Ferdinand BUISSON |
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BLESSEE |
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Comment vas-tu réagir ? Comment pourrais-je réussir ? Sachant que tu seras là, Mais en aucun cas pour moi. Il n’y avait pas de mensonges, Uniquement des secrets Qui devaient rester cachés, Mais rien n’aurait changé. Ce sont des éclats de verre Qui aujourd’hui sont à terre, Chaque jour je les ramasse, Et chaque jour ils me blessent. Comme la pluie sur les pétales, Mon sang glisse, finit par tomber, Il n’y a pas que mon âme Qui désormais est blessée. De Stéphanie BONNEVILLE |
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LE POIDS DU SILENCE |
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Une page blanche Posée devant moi, J’aimerais t’écrire Mais je ne peux pas.
C’est un mot d’Amour
A jamais enfoui, Enterré sous terre. Et je la chiffonne Après avoir écrit, Tellement d’effort, Je tourne en rond. À
quoi bon y croire, Ce fleuve qu’est la vie, Un jour se termine, Un nouveau regard. Toujours ce papier, Sentiments dévoilés, Taché de larmes, C’est mon histoire. De Stéphanie BONNEVILLE |
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GREGORY |
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Toi qui nous as quittés De temps en temps, on verse
des larmes Quand on écoute tes chansons. Et très souvent, On sèche nos larmes pour te regarder, et on se dit : Restons Amis, Le temps que plus rien ne
fasse mal Le temps de se voir sous un
jour différent. Restons amis… Des fois on se demande : Quel est ce lien qui nous tient
vivants dans ce monde ? Rassurez-moi Si les douleurs nous
rendaient meilleurs… Racontez-moi : Qu’est-ce que Recevoir ? Si vous ne pleurez pas devant
les femmes Qu’on opprime et qu’on affame Si tu n’éprouves pas de la douleur Devant cette peine qui est la
leur Si tu ne verses aucune larme Si tu n’es envahi de chaleur Alors fais-toi greffer une âme Alors fais-toi greffer un cœur. Ce poème est inspiré de ses dernières
chansons. Fanny
Canonne - 12 ans
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Un
jour, le père Noël était prêt à partir Quand,
soudain, il glissa et resta bloqué du dos. Donc,
il ne pouvait pas faire sa tournée. Comme
il avait mal au dos, il partit se coucher Et
il confia une mission à un elfe. Cette
mission était d’appeler tous les enfants Pour
dire qu’il ne pourrait pas passer cette année. Les
enfants étaient tout tristes. Une
fée arriva pour guérir le père Noël, Et
lui jeta un sort. Le
mal de dos du père Noël était fini, Et
il put faire sa tournée. Tous
les enfants étaient joyeux. Sébastien Delporte |
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LE CAMPING |
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Dans ce camping il y avait 100 places pour les
caravanes et les mobil-homes. Mais dans ce camping il y avait une caravane
toute seule en dessous d’un arbre tout abîmé. Dans cette caravane vivait un homme seul qui
rêvait de quitter ce camping pour vivre dans une grande maison. Un jour, il vit une grande maison à vendre. Et il eut cette grande maison qu’il voulait
tellement. Après il a trouvé une femme. ls se sont mariés et ils eurent des enfants. Ils en ont eu deux : deux enfants qu’ils
ont appelés Clément et Clémence. Thomas Wanesse 9
ans |
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MIMILE et les COURTS JOURS |
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L’ solel’ y est devenu paresseux, Y
n’a pus l’ forch’ eud’ passer au d’ssus des masons ; y ara à pein’
caressé l’ gelée blinqu’, euq déjà, y ira s’eur couquer. L’
frodure et les nuits à rallonches : In va vers chés courts jours, et ch’
n’est pas d’ gaieté d’ cœur. Pourtint, mi j’eurpins’ à un,
quéqu’un qu’y étot fin cotint à chés momints là. Ch’étot pas hier ;
ch’étot avint l’ guerre eud’ 40. Un gamin, l’ pu vi’ux d’ein fort’
famil’ : Mimile, qu’y s’appelot. Acoutez-le : « Cha y est : Le pus dur y
est fait. J’ai aidé min père à rintrer les truches, les carottes bin ringées
à l’ caf’ dins du sap’. Incor’
quequ’ jours à faire des bojettes d’haricots, à lier les bouquets d’all et
d’ognons. Et pis, vu qu’in n’ peut pu travailler l’ tierre, j’arai
l’ drot d’aller à l’école. Comm’ tous l’ z’ans, ch’ s’rai dins l’ pus tiot
class’ : forchément, ch’ sais pas lire, j’ bute à tous les mots ;
l’ z’autes y vont rire eud’ mi ; y dites que ch’ sus un grind dadais. Mais
j’ m’in fous : Ch’ maîtr’ y les fait tair’ ; Y m’aim’ bin ; y
m’ gard’ à la récré pour que ch’ finich’ mes lines d’écriture. Si ch’ prinds
trop d’incr’ aveuqu’ eum pleum’ et que ch’ fais un vilain pâté, y fait les
gros y’ux, mais y est pas méchint, y sait bin qu’ ch’est pas deum’
faut’ : J’ai des gros dogts et d’ z’injlures. A m’ mot’, j’eum’ dis, qu’
si y est si gintil aveuqu’ mi ch’est pars’ que j’y fais un biau tableau, bien
lavé, et pis qu’ ch’est mi qui alleum’ euch’ fu d’ bonne heure au matin, que
ch’ sais bin l’ faire ronfler quind y gèl’ fort. Ch’ maîtr’ y voudrot tant
que j’ n’ minqu’ pas l’école ; mi aussi, j’aimeros bin… Mais y a beau
faire, quind y s’eurmettra à faire bon, min père y ara b’zon d’ mi pou sin
gardin. » Et
ch’est pour cha qu’ Mimile, pus tard, y a jamais su treuver ein bonn’ plach’.
Alors y donne un queu d’ main, par chi, par là, pour ses nourritures. Pour
mi, ch’est un pauf’ sacrifié, et cha m’ fait deul pein’ quind’ j’intinds
quéqu’un qui dit d’ li, in s’ moquint « Mimile ? Y a été à l’école
dins chés courts jours ! » Charles
Lemaire Cambrai |
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LE TEMPS PASSE |
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Le temps passe passe
lentement Le temps passe passe
évidemment Rien ne viendra
entraver Ce lent cheminement Pas même les
épouvantables blessures Pas même les
interminables brûlures
Finissent par
s’endormir tranquilles Pas d’oublis Pas de fuites Seulement, une
cicatrice. Véronique Robert - Elincourt |
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INNE TIOTE PINSEE ED SU L’S-ECHASSIERS |
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Daronn-mint, dins l’s-invirons,
in’ a vu des cigones dins des pâtures et pis aussi su ed’ s’ intennes ed télévisian.. Après inne paire ed craquettmints, alls sont parties ed bon matin. Ç’ n’étot qu’in passach EPHEMERE
avouons-le. Nous, à Caudry, in’ a des grues…
C’est pos pou dire, ça c’é l’AVENIR, hein ! Francis Lesage |
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DE L’ECRITURE À LA LECTURE |
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La chevelure aux pages
blanches Où on écrit des textes
d’amour Où gratte son ami le
stylo à plume au sang bleu. Il glisse sur sa
chevelure Il lui murmure des
phrases secrètes Qui formeront des
lignes, sur des pages vierges Ou peut-être innocentes. Car les lignes qu’on
écrit, ça veut dire tout, Pour toute la vie d’une
page blanche. Combien il y aura de
pages mortes, Avant que l’on arrache
ses feuilles blanches ? Avant que la fin de la
chevelure meure ! Il y a un texte écrit ou
un livre, Tout ça donne une
histoire à lire, À chanter ou à réciter. Le couple sera parfait. Les pages blanches sont
ses amies, Le stylo plume au sang
bleu. Dans le fond,
infiniment, C’est l’homme qui écrit
son texte. Le stylo à plume, dans
le fond, Son cœur, c’est sa
plume. Et la page donne ses
lignes à l’infini Car tout cela sera à
découvrir jusqu’à l’infini. Daniel Jacquemin |
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LE VERBE AIMER |
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De saisons en saisons
après les épousailles, D’un édredon moelleux à la
porte du four, Et des odeurs de soupe, en
obscures chamailles, Du fond de la marmite… il
repêche l’amour ! C’est le lien éternel aux multiples
visages, Rebrodé de tendresse au
fil de chaque jour, Entre la polémique et les
raccommodages, Un mélange étonnant de
sarcasme et d’humour. Pour les bleuets offerts
au détour d’une route, Bouquet de souvenirs des
campagnes d’antan, Il laisse s’envoler la
rancune et le doute, Sous le charme imprévu,
d’un romantique instant. Et puis bravant les flots
quand l’océan délire, Il sauve le bateau d’un
élan vertueux, Le ramenant au port avant qu’il ne chavire, Pour un chant de sirène
assez voluptueux… Dans les quatre saisons
des chemins d’aventures, Du berceau de la vie, au
départ sans retour, Il palpite en nos cœurs
par-delà nos blessures Et vibre, à tous les
temps, ce verbe de l’amour. Geneviève Bailly |
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L’ARMURE ET LE CHIEN |
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Dieu que ma jeunesse est
à l’étroit dans cette armure, Qu’elle est lourde à
porter, qu’elle gêne aux entournures, L’armure des ans,
l’armure du temps qui passe ! Au début elle n’était
que simple carapace, Elle était aisance et
donnait de l’audace, L’armure des trente ans,
des joies et des folies. Encore un peu fragile
elle devenait la belle, La cible préférée des
jeunes demoiselles, L’armure des quarante
ans, celle de tous les dangers. Puis avec le temps elle
était devenue assurance, Pour se transformer
ensuite en connaissance, L’armure des cinquante
ans faisait autorité. Mais les ans la faisant
de plus en plus pesante, Mes pas devenaient courts
et ma démarche lente, L’armure des soixante
ans manquait d’agilité. Elle s’est tant alourdie
la bougresse, Pendant qu’elle
atteignait le temps de la sagesse, Que l’armure des
soixante-dix ans avouait sa faiblesse. Alors comment peuvent
survivre dans un tel carcan, Tant de passions, tant
d’envies, tant de sentiments ? Comment expliquer que
l’armure cache une âme d’enfant, Ou qu’à travers la
visière de mon heaume, souvent Je regarde les femmes
avec mes yeux d’adolescent ? Tout cela tient à mon
miroir magique, Où je me ressource
chaque jour Et qui ne reflète que
l’amour. Quand je me penche vers
lui, c’est lui qui me contemple. Miroir partial,
attentionné et délicat, Je deviendrais lépreux
qu’il ne le verrait pas. Ce miroir magique qui ne
reflète qu’en beau, qu’en bien, C’est le regard de mon
chien. Les Granges |
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LA REINE DE MES PENSÉES… |
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Depuis presque une semaine,
mes pensées ont trouvé leur souveraine… Poème… La souveraine de mes pensées A un nom. Reine de mes nuits, Elue de mon cœur, Impératrice de mes rêves Non, je ne peux rien y faire, Elle m’a conquis… De mon cœur, Elle a fait son Versailles. Ma vie aurait-elle trouvé un
sens ? Et bien, peut-être, Sa personnalité me fait dire
Oui… Pour moi, elle pourrait Etre essentielle. N’importe où, n’importe
quand, Sur Terre, dans mes rêves Elle domine tout chez moi. Elle a remporté la bataille. Si seulement elle pouvait
remporter la guerre de mon Cœur… Antony Canonne |
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LA PLAGE EN HIVER |
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Courbe les
argousiers Et peigne les oyats Dans les dunes,
tout là-bas. Il dessèche le
sable, Le pousse,
imperturbable, En longues traînées
blanchâtres Comme une poudre
d’albâtre. Une mouette rieuse, Pour une fois
silencieuse, Sur une patte,
l’air absente, Résiste à la
tourmente. Sur le bord de la
mer, Elle guette le
moindre ver Qui pourrait, sans
méfiance, Lui servir de
pitance. Elle songe aux
jours passés, Au mois d’août
envolé, Où un soleil ardent Se montrait très
présent. Où sont les jours
radieux, Les longs vols
silencieux Au dessus de la
plage, Dans un ciel sans
nuages ? Georges Ratel Croisilles 31
décembre 2006 |
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TOUT EST JEU |
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Tout est
jeu ! Jeu de dés Que je jette ! Courage Que je guette ! Dés qui roulent Jeu qui coule Un jeu fou ! On s’en fout ! De ce jeu Qui se joue. Dans ce songe Ça nous ronge De partout ! C’est ce jeu Jeu de dés Qui se jettent Comme je Qui s’ Émiette… Brigitte CAPLIEZ |
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MARCHER |
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Marcher
pour aller où ?
Jusqu’au bout de
nos rêves Et qu’ils n’aient
pas de trêves. Marcher
jusqu’à demain Et sentir le
matin Naître au creux
de tes mains, Comme dans un
écrin. Pour sentir tout
autour Le soleil de
l’amour. L’emporter sur
ton dos, Le semer
aussitôt. Au creux de ces
chemins, Par-dessus les
jardins, Les enfants
endormis, Sur ce qui fait
la vie ! Puis, toutes
voiles dehors, Regagner ton
port ! Avec comme
trésor, Les cris de vie
du corps… Brigitte CAPLIEZ |
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LE PITRE |
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Paillettes d’or et chapeau
blanc
Je les amuse et les fait rire C’est moi que l’on nomme le
pitre. Je m’amène, bien doucement
sur piste Avec mon tout petit violon. Quelquefois, j’ai l’air un
peu triste Mais pour vous, que ne
ferait-on ! Pourtant hélas, mon cœur est
triste Celle que j’aime ne m’aime
pas. Vous seuls enfants, aimez le
pitre C’est pour cela que je suis
là. Mes larmes tomberont sur la
piste Car je dois pleurer en riant. Pour toujours, je serai le
pitre Pour vous tous, mes chers
enfants. Roger Devillers Bertry, 03 septembre 1976 |
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LA NUIT DES
GRILLONS |
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La nuit des grillons me berce
d’amertume La nuit grouille d’amours dans les
foins
La fenêtre reste allumée dans la nuit
qui me grise Carré magique éclairant mes rêves Mes rêves blottis au creux de la nuit. La nuit des filles me berce
d’inquiétude La nuit fouille les amours dans les
coins La nuit file au vent doux. La fenêtre reste allumée dans la nuit Qui veille la fille au triangle
magique Rêve blotti derrière la fenêtre. La nuit baille sur le sentier odorant La nuit des grillons me berce
d’amertume. La nuit brille à la fenêtre de la
fille. Hertia-May Été
1976 |
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MON AMANT |
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J’ai
le cœur qui bondit de haut en bas Il
bondit de sentiments et de tracas Ne
sachant où aller de-ci de-là Le
bonheur est passé mais il reviendra
Toi
tu passes comme un souffle dans ma vie À
peine le temps d’un peu de profit Chaque
moment est si précieux et précis Que
je n’ai jamais le temps de te donner mes envies Je
vole quelques-uns de tes sourires Je
vole des caresses et c’est peu dire Si
je pouvais je volerais ton cœur et tes soupirs Mais
tu t’enfermes dans le temps avec tes propres désirs Peut-être
l’inconscience du bonheur que tu peux offrir Ou
l’inconstance de ta vie qui te fait fuir Je
fais peut-être fausse route à te suivre Mais
être avec toi est un réel plaisir Floriane Kurowiak
6 mars 2004 |
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L'hiver
est le frère de notre sœur la mort Il
est le royaume de l'immortalité. Il
est la fenêtre de l'invisible bord ; Le
bateau qui mène à notre éternité. Le
printemps est soutien des espoirs enfantins. La
sève qui monte, renouveau de la vie. La
joie de notre âme en quelques clairs matins. Il
est le frêle esquif des rêves inassouvis. L'été,
saison de la claire lumière. C'est
l'effort, c'est la peine et les travaux ardus. Les
tracas, les soucis et les douleurs amères. Il
est le paquebot des bons désirs perdus. L'automne,
saison de la dernière espérance. C'est
la médiation sur les talents reçus. La
salle d'attente du bateau en partance. Chargé
du lourd fardeau de nos espoirs déçus. Les
saisons sont les pas de l'horloge du temps. Elles
nous emportent vers le ciel attirant. Pour
être présentés au seul Dieu immanent. Oh !
Combien sont-elles ces brebis perdues, Qui
se sont égarées sur la terre qui tue, Oh !
Mon divin berger, porte-les en ta nue ! Joies,
peines, misères c'est le lot des humains, Qui
toujours avancent vers l'éternel matin Vers
l'ultime début du réel, du divin. Jean-Charles
JACQUEMIN Alias
Jean-Charles De Beaumont |
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Écoute voir un peu À quoi servent les mots Si tu ne trouves pas d’écho Écoute voir un peu Si comme la feuille en automne L’espoir ou le rêve disparaît Si s’évanouissent les projets Cette vie n’est plus bonne À quoi servent les mots Si celui, plein de courage Qui met tout son cœur à
l’ouvrage Pauvre misérable se perd À considérer comme normales Les guerres inutiles À étendre le remords social À se perdre sous un fil Comment du réel s’arracher Pour ne pas suffoquer De la funambulie s’échapper Pour ne voir que sa fratrie Arrête, arrête N’écoute plus rien Ne regarde plus rien Espère, espère et considère Qu’on ne se paie pas avec des mots Marie Antoinette Labbe |
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ECLATS D’AME |
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Chaque
jour qui s’achève est un jour perdu Chaque
nuit qui commence un espoir qui s’éteint Chaque
jour qui s’enfuit un désarroi croissant. Et
ma vie se poursuit comme une feuille morte Au
soleil des étoiles froides et sempiternelles Et
ma vie se poursuit, continue son chemin, Peu
à peu s’achemine, vieux parchemin jauni Roule
son habitude.
Thérèse Leroy 22 Avril 1973 |
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Nos
ancêtres nous ont laissé un patrimoine. Il faut le
préserver, le faire savoir, le respecter. Dans
l’écomusée de CAMBRAI on se souvient qu’autrefois
la France rurale avait une richesse. |
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On
avait une nombreuse famille on
avait chacun un lopin de terre On
démariait les betteraves on
charriait avec le cheval en gare On
n’avait pas le remembrement on
avait la charrette à chien (transport) On
allait au puits chercher l’eau on
cultivait avec 2 grands mulets On
n’avait pas le courant électrique on a
été élevé au lait de maguette On
sonnait les cloches (la messe) on
nous jouait de l’harmonica On
avait le four à pain de ménage on
tuait le cochon 2 fois l’an On
faisait son service militaire on
était fier d’être soldat à 20 ans On
avait les marres aux villages on
parlait partout le patois local : On
portait 3 ans le voile noir (deuil) "on
va al série jué à carte à mo A.C" On
s’éclairait à la lampe à pétrole on
avait la cheminée au feu de bois On
n’avait pas d’allocations familiales on
circulait à pied, à bicyclette On
mangeait une tranche de lard on
griffait la tartine avec du saindoux On
n’avait pas de fiche de paye on
n’avait pas de congés payés On
n’avait pas d’accident de la route on
n’avait pas voiture, avion, TGV On
avait l’air pur en campagne on
ne connaissait pas la drogue On
n’avait pas de salle de bain on avait la
tinette dans la cour On
n’avait pas de sécurité sociale on
n’était pas remboursé par la sécu On
n’avait pas de pelouse à la maison on
agrandissait le jardin ! le confort On
n’avait pas les routes goudronnées on
ramassait les silex pour chemins On
n’avait pas la télévision à la maison on
n’avait pas le téléphone portable On
portait blouse grise et galoches on
portait le béret à l’école des garçons On
buvait la bistouille à l’estaminet on
faisait la prière en famille On
respectait les biens, *on se mariait* on
ne connaissait pas le divorce On
avait au village : le charron,
le maréchal, le tailleur, le bourrelier On
avait le Curé, le bedeau, le
charpentier, le remède de grand-mère On
était heureux avec notre sort. (Va
dire tout cela à tes petits enfants !) C’est pour toi MAMAN que j’écris ces
lignes, ton garçon
Gilbert de Sainte Maresville CAMBRAI. |
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Chaque année à Carnières, la fête de la moisson était animée par un
orchestre patoisant. J’y ai rencontré Edmond
Tanières. Il m’a invité à écrire quelque chose pour célébrer cette fête. Je me suis souvenu que mon arrière
grand père avait proclamé -à ce qu’on m’a dit- : « Tant que je
vivrai, la batteuse n’entrera pas dans ma ferme ! » C’est ce qui m’a inspiré, décevant un peu
les organisateurs. |
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LE MOISSONNEUR Quand le soleil,
dessus la plaine, Dorait l’avoine et le
froment, De la moisson venait
la peine
Parce qu’il avait les
bras solides Et le courage tout
autant, Parce qu’il était
d’humeur timide Il s’en allait seul
dans son champ. Avec la serpe ou bien
la faux, Avec la fourche et le
râteau, Il moissonnait de ses
mains seules Pour ne laisser que
les éteules. Parce qu’ainsi
faisait son père Et qu’il aimait bien
ses parents, Il a peiné dessus sa
terre, Si longtemps qu’ont
duré ses ans ! Parce qu’il était de
foi rigide Et de courage tout
autant ; Parce qu’il avait les
bras solides Entre l’aurore et le
couchant : Parce qu’il avait un
cœur vaillant Qui battait fort dans
sa poitrine. Il a dit : non à
la machine, Il est resté seul
dans son champ. Sa moisson était sa
prière, Le travail son
contentement, Mais il repose au
cimetière, Et la machine est
dans son champ… Juste le temps d’un
seul couchant ! Marcel
Lesage |
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POINT
DU JOUR |
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Quand l’aurore ouvre un œil Là-bas en Orient Que l’aube en fait autant S’annonce le jour au seuil. L’engoulevent s’endort Le mâle rossignol De sa branche s’envole Et charme sans effort. De Rio à Pampelune De Bombay à Pavie Naît en son heure la vie Et dans une folle ronde Bat le grand cœur du monde. Le soleil est fortune ! Francis Lesage |
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CADEAU DU CIEL |
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Qui pouvait le prévoir ? Tu viens à peine de me dire au
revoir Et me voici obligée de mûrir Mon ventre s’est mis à frémir Puisque dans tes bras, Je suis devenue femme Plus droit aux états d’âme Je ressens déjà son aura Me redonner foi Et parfois même la joie Moi qui ne m’y attendais pas Demain, je serai Mère Moi, qui n’en désirais pas Je devrais être amère. Un bébé sans père Un bébé tombé du ciel Ce n’est pas un impair Mais, un cadeau de l’éternel. Christelle Lesourd |
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NAISSANCE |
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Lisa
lisait sous l’yeuse, lascive, Des
vers d’Ovide à vif sur le velin. Soif
de savoir ! Au désert d’or sans fin D’un
rêve d’oasis source l’eau vive.
Pour
elle seule s’offre le livre ouvert Au
monde issu de ses Métamorphoses. Blanche,
sa main laisse échapper des roses Et
mille échos dont l’amour seul se sert. Quel
vent divin avive son visage Sinon
celui qu’un pur bonheur souffla ? Fête
des mots au faîte du voyage : Lisa
s’enlise et n’en peut rester là. Qui
de son cœur, conque, fera conquête Hormis
poète au regard suranné Dont
la sagesse assignée et secrète Force
au respect tout bel esprit bien né ? Elle,
sait bien, ayant sondé son âme, Lequel
aura ses charmeuses faveurs. C’est
la rencontre au terme de la trame… Demain
seront les fragiles bonheurs. Jean-François
Sautière |
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DE VIVRE |
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De vivre l’été
perdu dans les longues herbes Parmi la turbulence
des sauterelles
Vrillant leurs
trilles Au pont de la
cascade Où l’eau émet un
bruit de moyeu Et d’huile chauffée Jusqu’aux talus
onglés de coquelicots Comme des
flammes-de-sang Mêlées aux reflets
solaires Qui cachent le
sabbat des frelons Piquant les
génisses de Cérès Et de grimper à la
cabane Nichée dans les
fourches du grand noyer Où la mésange des
chenilles toise la peau du ciel De vivre la saison
des chaumes Lorsque la lune
telle un ergot d’albâtre Où s’accrochent les
nuages d’araignée Veille aux gibiers
traqués même par le vent Par le vent d’amour Par le vent
intransitif des êtres intraitables Par le vent d’homme
barbare où souffle La torture des
séquestrés Par le vent qui vêt
de moussures rousses Le cœur du mal Par le vent noble
des plantes Qui veulent vivre Et vivre libres Au vent immatériel. Saint-Hesbaye |
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LE CORBEAU ET LA PIE |
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« Cette leçon vaut bien un fromage,
sans doute ? »
Mais il n’est pas midi, c’est trop tôt,
attendons… Tiens ! Voilà Dame Pie !
Hélons-la, plaisantons. -
Mes hommages, chère amie, Toujours
aussi jolie ! Venez
voir quelle folie J’ai
sermonnée ce jour. -
Permettez, dit la Pie à son tour,
Aujourd’hui je vous
trouve une mine réjouie, Un port de tête
aimable, une grâce inouïe ; Et, si je ne savais
que mes respects sont D’un trop modeste
poids, je dirais : « Votre front Semble orné d’un
diadème de gloire, A connu victoire
après victoire. Quel heureux
événement Peut vous rendre
aussi content ? -
La chose en soi, dit l’autre, Faisant le bon apôtre, Est simple en vérité, Mais j’y mets ma fierté. Du Corbeau, cet imbécile, Remplissait un perchoir de sa masse inutile Et tenait en son bec un fromage odorant. -
Votre Majesté, lui dis-je en approchant D’une auguste façon, occupe cette
cime. Votre maintien est fier, royal,
sérénissime ; Vos sujets, à l’envi, doivent tous
vous servir Avec un grand honneur et beaucoup de
plaisir. Permettez qu’à mon tour j’apporte
mes services : Dites un mot, parlez, que votre voix
remplisse Et mon cœur d’allégresse et la terre
de peur ! » L’animal, à ces mots, défaille de bonheur. Il entrouvre le bec et lâche le fromage. Et, subitement rendu sage, Au Corbeau, Tout penaud, Fit la morale aussitôt. -
Mais pourquoi partir si vite, chère amie ? Ce n’est pas que vers vous je
m’ennuie, Mais le Corbeau, pendant votre
discours… Vous a soustrait le fromage à son
tour ! Je l’entends qui m’appelle et
m’invite A venir le déguster de suite ! » Quant à vous, interprétez ses cris : Tel
est pris qui avait pris ! Yann Villiers |
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Dans ses yeux… (De Buis… à Montbrun…) |
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Je suis devenu, pour elle et dans son regard d’enfant,
le Prince de la campagne, le Sauveur des animaux sauvages… Un héros… moderne.
Un Noé sans eau et sans reproche… Alors, pour son admiration sans limite,
pour ses yeux encore brillants de gratitude et pour la reconquête de son
grand cœur, je peux laisser courir en liberté ces quelques mots pour la
remercier d’être… tout simplement. Les phares aiguisés découpent la nuit et recalculent
sans cesse la nouvelle route qui se dessine d’ombres fugaces et d’épaisseur
de brume. Le vide abrupt s’imagine dans les profondeurs, derrière le parapet,
ce petit mur inutile… sans aucune prétention de vouloir retenir une voiture
assoupie ou trop nerveuse. Il est dans le ciel trop d’étoiles éclairées pour
m’attarder aux paysages obscurs et je garde mon attention pour cette bande
noire qui se rétrécit au fil de mes yeux fatigués. Des fantômes d’arbres et de
rochers perfides jaillissent de la pénombre blanchie et s’animent au bord de
la route comme des monstres dérangés dans leur sommeil incertain. Le gravier blanc s’amuse à craquer dans les virages, ces
épingles à cheveux qui enferment les plus belles crinières dans des chignons
austères. Même la musique est confuse et se tait pour l’intérêt de cette
conduite pénible. Soudain, une fouine, partie fouiner sans doute, s’enveloppe
dans la lumière sans se départir de son voyage nocturne. Elle doit bien
connaître quelques poulaillers accueillants, elle doit bien se permettre
quelques festins de plumes d’oreiller et je la croise en douceur sans
froisser son pelage luisant et sans savoir encore que cette route est un vrai
zoo… Manon est plantée sur son siège, les yeux écarquillés pour cette leçon
de nature en direct. Cette bête sauvage, sortie de la nuit sans trembler, a
réveillé sa passion des animaux, réminiscences de peluches, d’images de
livres, ici en trois dimensions dans la réalité de la nuit… Dans notre film en
noir et blanc… On se regarde pour comprendre et réaliser qu’on a bien vu la
même chose, au même moment, ensemble, cela crée des liens… éternels. Je le
sais si bien, pour avoir mis mes petits pas dans ceux de mon père, il y a
bien longtemps. Manon se retourne prestement vers la lunette arrière mais la
nuit a englouti l’animal. Et voici une troupe de blaireaux, le papa, la maman
et le fiston qui traversent sans crainte, sans courir, en m’ignorant comme
une vieille charrette en panne. Ils trottinent et leurs poils brillent
d’ombres et de lumières. On dirait qu’ils ont des masques sur les yeux, comme
des bandits de grands chemins ou de petites routes… un maquillage pour se
confondre avec les buissons et se faire inaperçus, mais Manon les a comptés
et recomptés déjà. J’ai bien dû ralentir, aussi intéressé que ma fille de
voir vivants et en liberté ces animaux encore presque sauvages.
Heureusement qu’il fait nuit… Pascal_Birdy Hyères |
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À LA MEMOIRE DE MON
MARI |
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Là, au milieu des
champs et des prés inondés de soleil, caressés par le vent qui jouait dans
nos cheveux, j’étais ivre de bonheur, ivre de paix, de soleil et de vent. Et
tout était si beau tandis que nous marchions sur la terre labourée !
J’aurais voulu chanter tout ce que je savais : pour toi, rien que pour
toi. J’aurais voulu t’aimer sous les yeux bleus du ciel et sa chevelure
blanche de nuages fragiles. Oh ciel ! Vénérable vieillard qui as bleui
tes yeux depuis le temps que tu contemples le monde qui rit à tes
pieds ! J’aime à croire que tes larges yeux éblouis de soleil riaient de
nous voir si heureux tous les deux. Te regarder dormir
comme dort un enfant, caresser ton visage du bout des doigts, du bout des
lèvres, tout doucement, de peur que tu ne t’éveilles ! Blotti tout
contre moi, tu dors. Et soudain me vient le désir farouche de te protéger, de
me battre pour toi contre le monde entier. Tu dors et je te regarde. Dieu,
comme tu es beau tout à coup, et que je suis heureuse de t’avoir près de moi ! Chaque jour
agrandit mon amour comme un feu ardent qui me brûle le cœur. Je voudrais me
fondre en toi, dormir près de toi toute une éternité. J’ai beaucoup pensé
à tout ce que tu m’as dit, et malgré cela je n’arrive pas à me détacher de
toi. Car j’ai trouvé en toi autre chose de très beau qui efface le
reste : c’est la confiance que tu me témoignes. Et ça me semble
tellement pur, tellement nouveau, que j’ai peur de ne pas la mériter. Quand ton
comportement me fait de nouveau peur, alors que tu me parles de projets de
vengeance et de combats sans merci, je me dis que ce n’est pas ta faute et
que ça va passer. Mais je ne peux m’empêcher d’éprouver à chaque fois quelque
douloureuse surprise en même temps que du regret. Même à des
centaines de kilomètres on arrive encore à se déchirer, à se claquer… le
téléphone au nez ! Et cette impuissance à se comprendre, à
s’expliquer ! Et ce froid de la solitude qui me fait couler les larmes
malgré moi et me fait tourner en rond comme une bête en cage ! Personne
à qui parler, se confier, hormis ces pages vides… comme ma tête. Des centaines de
kilomètres et chacun de son côté à ruminer, à réfléchir, à pleurer, sans
pouvoir dormir, à se demander pourquoi et comment demain sera fait. Et de me
demander s’il reviendra demain ! Quoi de plus bête qu’une dispute quand
chacun sait que l’autre l’aime ? Les yeux ouverts
dans le noir, j’écoute les bruits sourds de la nuit. J’écoute la maison crier
le trop-plein des souffrances qu’elle a vécues depuis qu’elle est là.
J’écoute le silence. Les yeux ouverts dans le vide, je pense à cette drôle
d’existence faite de « pourquoi ? », et de
« peut-être ! », de « je t’aime », « je ne
t’aime plus », et encore de « je t’aime » : ce drôle
d’espace-temps où l’on navigue tous les deux sans jamais arriver à discerner
vraiment la vérité de nos sentiments… Partir hors de ces
murs, sortir de cette vie !... Je sais que je devrais me ressaisir,
protéger mes enfants qui n’en peuvent plus. Mais je me sens si inutile, si
faible devant les catastrophes occasionnées par ce maudit alcool… J’ai peur
de commencer demain une autre journée avec cet homme qui me regarde d’un œil
accusateur. J’ai l’impression que c’est moi qui suis fautive. J’ai peur de mon
mari, cet être si tendre avec les enfants des autres, si serviable avec les
étrangers. J’ai peur de la folie qui semble le guetter, nous guetter à la
longue et qui, ce soir, sans prévenir, s’est emparée de lui. Lui si cruel, si
moqueur quand il nous parle. Réapprendre l’autre
du bout des doigts, du bout du cœur, tout doucement et peu à peu, comme à
contre-courant d’une rivière, comme traverser une route avec la peur au
ventre. Et finalement, une fois arrivée de l’autre côté à la rencontre de
l’autre, quelle plénitude, quelle symbiose ! Deux corps dans la fusion
originelle ! Oubliées les rancœurs de chacun et viennent la tendresse et
la complicité. Soleil se lève sur
mes problèmes, se rit de mes ennuis, se meurt sur mes angoisses. Lit de
souffrance et blouses blanches ! Le temps est mort, suspend son vol.
Eternité insupportable ! Attente noyée dans un brouillard épais.
Anesthésie, neurasthénie ! Fièvre dévorante, mal insidieux !...
C’est la valse des microbes dans les couloirs de l’hôpital. Quand je nous
regarde, je vois un couple partir à la dérive, deux êtres qui s’éloignent
l’un de l’autre chaque jour un peu plus, sans savoir à quoi se raccrocher. Quand je vois ce
vieux couple se tenir par la main et que je nous regarde, je me demande ce
que nous avons fait de notre complicité d’antan et de la tendresse qui nous
font tant défaut aujourd’hui. Je ne vois que haine et mépris, je ne sens que
douleur et amertume et mon cœur se remplit de pleurs. Le soir du 1er
novembre fut la descente aux enfers, soit dit un nouveau stage de B. à
l’hôpital : hémorragie longue, laborieuse, jusqu’à la presque mort. Ce
que l’alcool a fait de mieux dans la dégénérescence humaine : une
« loque » ! L’apparence d’un vieillard proche du
tombeau ! Les gestes ralentis jusqu’à l’insupportable ! Le blanc
verdâtre du cadavre ! Maladie avec un grand M et le cortège des
docteurs, infirmières, hôpitaux. Traitement, absence, avec au bout de la
route l’incertitude ou l’espoir ? Vie nouvelle peut-être ? Même çà, j’ai
essayé : l’humour contre la colère, contre la rancœur. Mais toute une
journée durant contre l’adversité, ça ne dure qu’un temps. Et le naturel est
revenu au galop, aussi soudain que ma surprise, aussi brusque, aussi profond
qu’a pu l’être ma douleur face à sa haine. Si brusque, si soudain, si… mal
que j’en avais oublié le goût amer de la défaite et le salé des océans de
larmes. Tant de noires
disputes ont assombri mon cœur ! Tant de mensonges, sur ma vie,
accumulés, ont brisé ma confiance ! Tant de rancune et de colère sont
restées, lourdes de larmes retenues et de promesses non tenues, incapables à
présent de retrouver la liberté, enfermées là, dans ma mémoire à
jamais ! J’ai déposé les
armes, laissé couler les larmes, impuissante à comprendre. Ses paroles sont
des coups de poignard. Il se cache à
présent, évite la famille comme s’il avait honte. Il ne veut pas entendre
leurs questions, leur avis ; il ne veut pas voir la pitié dans leurs
yeux. Il connait déjà la sentence, préfère se terrer dans sa solitude comme
un animal blessé, comme une bête aux abois. J’ai décidé de
combattre sa faiblesse, le surveiller comme on veille un enfant, malgré la
lassitude et l’incertitude. Ne laisser aucune chance, plus jamais, à cet
ennemi maudit qui nous a séparés ; tenir bon, ne plus lâcher prise. Sa
nouvelle maladie nous rapproche à présent : espoir d’un renouveau, d’une
vie nouvelle. Retrouver notre
complicité, se parler à nouveau ; faire attention à l’autre, aller à sa
rencontre ; oublier le passé perdu, nous retrouver à deux pour faire
face ensemble cette fois à l’adversité. Et peut-être, un jour, … le
pardon ? Hier lundi s’est
produit un évènement inattendu que je n’espérais plus. J’ai retrouvé, en
cherchant des papiers, l’anneau perdu depuis des mois, et à côté comme un
présage, la photo de notre mariage : un joli cadeau du destin pour notre
anniversaire de mariage, avec en prime une hirondelle qui était simplement de
passage et resta pour la nuit dans notre garage. Un an après ta
sœur, ta mère est partie à son tour. Petit bout de femme courageuse,
distribuant des bouts de son cœur à qui voulait bien se servir, elle n’avait
récolté que souffrance et malchance de ce côté-ci de la vie. Un vol de corbeaux
s’est abattu sur mon esprit en déroute. Une envolée de factures a dégringolé
sur mon cerveau en délire. Lassitude sempiternelle, omniprésente. L’odeur de
l’hôpital, l’odeur de la mort… On croit que le
pire est derrière et voilà que ressurgissent les vieux démons avec nos
anciennes peurs : celles que l’on croyait enfouies au plus profond. De
nouvelles querelles, pour tout, pour rien, les « piques »
douloureuses lancées au long de la journée. « Je te
demande pardon de ne pouvoir t’aider. Je ne sais que me révolter face à ton
attitude. » Peut-être qu’un
jour j’oublierai tous les mauvais souvenirs et je me blottirai à nouveau dans
tes bras en ne pensant plus qu’au présent. Recréer un espace rien qu’à nous,
retrouver l’homme enfant que je voulais protéger. « Je ne veux
pas que tu t’en ailles ! Je t’en prie, ne pars pas ! » Je cherche ta main
dans le noir de la nuit. J’ai peur comme une enfant qui se perd dans le noir. « Ne
m’abandonne pas ! J’ai tant besoin de toi ! » Après une
« énième » dispute pour t’avoir de nouveau surpris à boire, je t’ai
demandé calmement, à bout d’arguments : « Qu’est-ce
que tu préfères ? Continuer à boire en sachant que tu peux en mourir, ou
bien arrêter et te soigner ? » Tu m’as répondu, ce
jour-là : « Je sais que
je risque de mourir mais je préfère que tu me laisses boire comme je
veux. » Mais comment te
laisser faire, rester là impuissante à te regarder te détruire ? Je ne
veux pas que tu meures ! Je veux me dégager
de cette spirale dans laquelle tu m’entraînes, me libérer de cet engrenage,
sortir de ce trou sans fond qui nous aspire enchaînés l’un à l’autre. Oh je t’en
veux ! Je t’en veux tellement ! Nous serions si heureux aujourd’hui
si tu avais cessé de boire ! Cette maladie engendrée par l’alcool est en
train de te « bouffer ». Les chambres d’hôpital te connaissent par
cœur. Je suis fatiguée ! Je veux vivre pour moi, trouver un travail,
devenir indépendante ! Je veux prendre ma vie en mains, enfin ! Tournent les roues
sur l’asphalte noir de la route tandis que la voiture dévore les kilomètres.
Tournent les aiguilles sur le cadran de nos vies tandis que tu attends là-bas
dans cette chambre. Coulent les larmes malgré moi sans que je puisse les
retenir, se confondent avec le gris de la nuit qui ne veut plus finir. Ta peau
parcheminée, tes membres décharnés, et puis tes yeux hagards !... Elle a
enfin gagné, cette drogue traîtresse qui se disait ton amie et que tu as fini
par aimer plus que nous. Les médecins eux-mêmes ont déposé les armes et
m’abandonnent, impuissante, face à ce mal qui te grignote peu à peu. « Combien de
volontés briseras-tu encore ? » « Combien de
familles voleront en éclats ? » « Combien de
vies voleras-tu encore avant que le monde réagisse enfin ? » « Alcool
combien maudit ! » « Fléau
exécré !... » Les gestes au
ralenti d’un corps qui n’en peut plus, ton cerveau qui se noie dans un oubli
total… Parfois, dans un sursaut de lucidité, sur ton visage à nouveau éclairé
apparait ce sourire satisfait de n’être pas là-bas retourné au bout de ces
longs couloirs de souffrance dans ces lits recouverts de draps blancs. Te voilà parti
doucement en dormant. À force de lutter, fatigué tu étais. Je reste près de
toi à te tenir la main. Ne t’en fais pas, surtout ! Tu peux partir
là-bas retrouver tes parents et ta petite sœur. Dis-leur que tout va bien,
qu’ils peuvent aller en paix ! Ils sont venus te
rendre hommage : des gens que je ne connaissais pas, et d’autres… ô mon
dieu !... Ce vieil homme qui t’a connu enfant et qui t’a vu grandir. Il
te voit là étendu à présent et soudain se détourne, éclate en sanglots,
accablé de douleur. Il cache ses pleurs, écrasé de chagrin, crie sa révolte
devant tant d’injustice : « La mort
s’est trompée ! », dit-il. « Elle n’a pas pris le
bon ! » Vois comme ton
chien te veille, assidûment à ton chevet… Et cette longue plainte quand ils
t’ont emmené !... C’est un rêve et je
vais me réveiller ! Mais non ! Je ne me réveille pas ! Le vide
est là. Tu n’es plus là. Je voudrais briser le mur du silence, combler ce
vide qui crie ton absence et résonne dans les murs de la maison. J’aurais voulu
m’asseoir là-bas, près de toi, sans me soucier des gens qui sont là, qui
m’entourent, et puis attendre là, attendre je ne sais quoi, peut-être que tu
reviennes. Je regarde ces fleurs, je regarde cette tombe et je me dis que ça
n’est pas vrai. Ça ne peut pas être toi qui es là. C’est un rêve, un mirage,
une mauvaise blague. Le soleil brûle et pourtant j’ai si froid. Les larmes
coulent malgré moi et je me sens « déconnectée ». Je déambule dans
les rues de la ville, de vague à l’âme en vagues larmes. Je me perds dans les
rues de silence à l’abri de la nuit. Je cache ma douleur dans la fraîcheur du
soir. Je marche dans les rues de mon âme. Je me perds dans le noir dédale de
mes pensées tortueuses, torturées. Seule comme aux pires heures de ma vie,
comme une peur d’enfant, une terreur inexpliquée. Je parcours le labyrinthe
de mes pensées perdues. Ils rient, ils
crient, ils parlent là rassemblés à la sortie des écoles. Ils sont
VIVANTS !!... Moi je me sens tellement vide ! Moi je suis morte à
l’intérieur depuis que tu es parti. Brouillard s’étale
dessus la terre tel un suaire. Obscurité s’éternise dans un demi-sommeil.
Nuit engloutit mon esprit à l’infini. Je regarde avec une
douloureuse surprise les guirlandes qui illuminent les rues de la ville,
signes annonciateurs du prochain Noël. Déjà !... Ce 1er noël
où tu ne seras pas là. Ce noël que tu ne verras pas. Ton absence me hante
telle une présence en négatif. Brume de novembre alourdit ma peine, pèse sur
les croix, obscurcit les tombes. Tu me manques… J’ai acheté un
bouquet de tulipes : tu les avais toujours aimées. Je les ai posées sur
ta tombe. Elles sont là, encore belles. Imperturbables, elles résistent au
vent et à la pluie, comme un gage éternel de mon amour pour toi. Ne pas leur dire
que j’ai eu le cafard ! Ne pas leur dire que je me sentais seule, que
j’ai pensé à lui, que j’ai pleuré encore –impression de tomber dans un puits
sans fond-, leur cacher mon chagrin pour ne pas leur causer de peine. Je pense à présent
à tes derniers instants et je me sens coupable. Je n’avais pas compris que tu
étais en train de partir, même quand tu as balbutié : « On va y
aller, là-bas, de l’autre côté ! » Mais tu disais
tellement de choses bizarres depuis longtemps déjà et j’étais si
fatiguée ! Je regrette tant ! J’étais là à côté de toi et je n’ai
rien vu. "Ces écrits,
j’en ai peur, resteront dans l’ombre un bon nombre d’années encore. Quelques
miettes, pourtant, se perdront au hasard des pages de ces livres donnés à qui
veut bien les lire. Des miettes de pensée disséminées de-ci, de-là, des
morceaux de ma vie avec parcimonie se mêlent à présent à d’autres poèmes, à
d’autres idées. Jamais je n’oserai
me dévoiler entière, de peur de blesser mes proches. Riez donc,
bonnes gens !... Je ne suis qu’une enfant égarée dans la cour des
grands. » Thérèse Leroy |
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UN INCROYABLE VOYAGE |
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La nuit va bientôt
tomber, toutes les lumières s’allument : néons, enseignes, cafés,
restaurants, lampadaires, salons ou cuisines où l’on aperçoit de temps en
temps la télévision qui fonctionne selon l’envie des gens rentrés chez eux
après leur journée de travail. Toute la ville s’illumine et c’est plutôt
beau. Les passants s’activent encore plus, poussés par la nuit qui les couvre
de son intense fraîcheur. Je me précipite vers ma maison, fatiguée par une
dure journée bien remplie. Enfin seule ! Une belle soirée bien
tranquille en perspective. Je me dirige vers la salle de bain où je fais
couler l’eau dans la baignoire en y ajoutant des huiles parfumées et
apaisantes qui me détendent et quel bonheur ! Je m’enfonce dans le bain
de mousse et de douceur où mon corps disparaît. Quel bonheur ces moments,
loin du « blabla » quotidien ! Seule à penser tout haut, à
rêver les murmures de la nature, à imaginer les bruits de la maison. Chaque
nuit, nous voilà vagabondant au-delà de toutes limites. Nos désirs deviennent
infinis. Le temps et les distances sont abolis. Le rêve nous plonge dans
l’infini. Sitôt couchée sous mes couvertures, je pars
dans un autre monde qui m’est inconnu. Pas de transport, pas de bagage, c’est
un voyage à la bohème. Dans mes rêves, il y a une liberté que j’aime
particulièrement. Je visite tous les pays du monde car chacun a son histoire,
ses mystères et ses paysages. Comme les cigognes d’Alsace, je prends le
premier vent qui m’emporte. Je ne sais pas, est-ce avril ou décembre ?
Est-ce lundi ou jeudi ? Je ne me souviens que des chemins qui se
croisent et qui s’ajoutent à ma vie. Ma première escale est le Canada où je
découvre les chutes du Niagara et ses tonnes d’eau qui s’écoulent jusque je
ne sais où ! Je mange ensuite de jolis et délicieux petits gâteaux au
sirop d’érable mais, pas le temps de dire au revoir que je me retrouve en
Italie, où la tour de Pise me regarde avec son air de travers. Je monte au
dernier étage et j’admire l’horizon. Et je suis déjà en Grèce, pays
magnifique qui renferme plein de secrets et les monuments historiques sont à
en couper le souffle. Sur les ruines de l’Acropole, plane l’âme des dieux
grecs. Puis je quitte la Grèce pour m’envoler ensuite vers la Chine, plus
précisément sur la grande muraille de Chine qu’on voit depuis la lune avec
des jumelles. Soudain un de mes amis Chinois me fait manger avec des
baguettes. Avec maladresse, j’accomplis le geste. Cependant une baguette
glisse des mains et en cherchant à la rattraper j’arrive au Kenya. J’y admire
les beautés de la faune sauvage, sous le soleil brûlant. J’aperçois le
Kilimandjaro, massif volcanique imposant du continent africain qui est
toujours recouvert de neige. Cependant pour apaiser la chaleur, je préfère le
pôle nord pour dormir dans un igloo et observer les chiens de traîneau
courant sur la banquise. Je me sens propulsée jusque dans les Andes en
Bolivie, au rythme de la flûte de pan m’amenant ensuite jusqu’en Argentine
dansant le tango avec un cavalier au regard ténébreux et aux cheveux noirs.
Lorsque la musique s’arrête, je me sens projetée et je suis en même temps
abasourdie par le Big Ben de la tour de l’Horloge du Palais de Westminster à
Londres. L’humidité glaciale du brouillard épais qui flotte au-dessus de la
Tamise, s’abat sur mes épaules et je recherche aussitôt la chaleur que l’Egypte
m’offre en m’émerveillant devant la pyramide de Khéops où trône le sphinx
dont la tête tournée vers le levant nous montre ainsi qu’il règne sur le
monde pour toujours. Je repars et me voici au Japon, un vrai petit
paradis ! C’est bizarre cette sensation de savoir parler toutes les
langues ! Je parle à des pêcheurs qui s’affairent à décortiquer les
huîtres pour en retrouver la perle et voici que celle-ci roule et m’attire
jusqu’en Australie. C’est parmi les kangourous que je me retrouve et j’apprends
à faire des bonds qui me mènent jusqu’à Los Angeles, la ville des stars
américaines. Je mange dans un grand restaurant, habillée d’une merveilleuse
robe. Le ventre bien rempli, je pleure devant une romantique pièce de
théâtre, à Paris. Une retentissante sonnerie s’entend au loin. J’ouvre les yeux. N’avais-je pas les yeux ouverts avant ? Mais
oui ! Je faisais un rêve ! Souvent au réveil une drôle de sensation nous
envahit, celle d’être étranger au lieu où nous avons passé la nuit. La chaude
caresse des draps sous la couverture cherche encore à me protéger du doux
sommeil dont je ne voulais pas vraiment sortir. Je m’étire sans hâte,
tranquille et paresseuse, et je me retourne puis je reconnais l’étrange effet
tamisé de la clarté qui envahit ma chambre, une lumière paisible bien de chez
nous. Je me rends compte que c’est ici, mon
paradis. C’est ma chambre ! Melle Bardiaux |