SOMMAIRE DE LA CAUDRIOLE N° 1
Janvier-février-mars 2002
Illustration BD page 2
EDITORIAL :
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Patrick MERIC
PAULE LEFEBVRE
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JEUNES |
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LUCIOLLE : |
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LEA |
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ADULTES |
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GISLENE
HOURIEZ MACAREZ |
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MARIE-JOSE WANESE |
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SOLANGE MERESSE |
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DENISE LEPRETRE |
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GENEVIEVE BAILLY |
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JEAN FRANCOIS SAUTIERE |
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DANIEL CARLIER |
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SAINT-HESBAYE |
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NOUVELLE |
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PAULE LEFEBVRE |
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HECTOR MELON D’AUBIER |
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S'IL Y
AVAIT |
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S'il y avait un tout petit
grain d'ellébore Dans cet asile de fous... S'il y avait une once d'équité Dans cette foire d'empoigne... S'il y avait une pincée de
bonté Dans ce chaudron de
sorcières... S'il y avait une lueur
d'espérance... Dans ces cachots aux murs qui
s'élèvent... S'il y avait un candide sourire Dans ce défilé de masques... S'il y avait... S'il y avait... Est-ce seulement un rêve de
poète ? Ou
une tâche pour chacun d'entre nous ?
LEA, 16
ans. |
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MON PAYS, C'EST LE NORD <<Néo-Classique>> |
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Mon pays, c'est le NORD, où
varient les saisons Sur les façades grises, et les
toitures roses, Sur les blés ondulants, où le
regard se pose Quand grincent les chariots sous
le poids des moissons. Mon pays, c'est le NORD, qui
pleure sa douleur, Sur les ventres d'usines, à
présent inutiles, Où jaillit si longtemps cet acier
qui rutile, Quand brûlait la coulée de si
vive couleur. Mon pays, c'est le NORD, ses
verbes patoisants, Son langage picard issu du fond
des âges, Et s'effacent déjà les rides des
visages Dans les propos grivois de récits
amusants. Mon pays, c'est le NORD, avec ses
vents d'hiver, Sa bourrasque soudaine, et ses
blanches gelées, Ses villages épars, ses fermes
isolées, Dans la campagne nue, image d'un
désert. Mon pays, c'est le NORD, et
j'aime ses frissons, J'adore les échos de ses fêtes
foraines, Et tous les souvenirs de ses
vieilles rengaines : Chante mon plat pays, tes plus
belles chansons...
GISELE HOURIEZ MACAREZ (VERTAIN) 2ème PRIX ROSATI 2000 Thème : Visages du Nord |
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VIEILLIR <<Néo-Classique >> |
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S'avouer un matin que tout est
moins facile, Pour n'être point raillé, le
taire à ses amis ; S'interdire en labeur, puis en
conseil utile, Ce que la veille encor on se
croyait permis. Regarder le miroir reflétant un
visage Que l'on voit chaque jour un peu
plus se fâner, Caresser les sillons qui ne sont
que l'ouvrage De ce combat si long que l'on a
dû mener. Ranger les souvenirs, oublier les
rancunes, Mais saisir en chemin chaque
instant de bonheur, Même si dans l'esprit s'immiscent
les lacunes, Et que tremble la main en
cueillant une fleur. Savoir attendre enfin cette
minute ultime En cherchant un regard pour se
réconforter, Puis refoulant sa peur, face à
l'immense abîme, Vers la divine paix, se laisser
emporter...
GISELE HOURIEZ MACAREZ (VERTAIN) GRAND PRIX DE LA VILLE D'HAZEBROUCK 12 NOVEMBRE 2000 |
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FEUX DE PAILLE |
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Pourquoi exister,
quand tout est glacé, gelé, indéfiniment Quand tout est
indifférence, figé, amitiés bafouées ? Attendre, blottie
dans la chaleur de l'âtre, foyer-pansement, Posé sur la
souffrance de la confiance abusée. Revoir enfin, la
nouvelle saison qui met ses douces flammes, Pour se vouloir
espoir : sortir de la léthargie. Renaissante beauté
de la nature, sauras-tu lui donner vie ? Sera-t-elle l'épi
de blé enfin épanoui ? Joies,
enthousiasmes, et feux de la Saint-Jean Feront-ils oublier
les absences, les non-dits, l'incompréhension ? Que faire de
demain, si ce n'est par raison ? Le feu a atteint
des courses folles parmi les champs, Il a pris et brûlé
les espoirs de récoltes fécondes, Poussant, par
devers lui à l'oubli de soi-même et au renoncement. Accrochée au chêne,
force réduite en cendres, Elle s’était
rattrapée aux brindilles fanées, Mais fragilisées
par le feu destructeur, Elles se sont
brisées, anéanties, consumées ! Inexorables
poussières, elles, et son coeur. Alors elle s'est
couchée dans l'hiver du linceul, Pour rejoindre ceux
qu'elle aimait, dans la neige : Seule, elle avait
promis qu'elle y finirait nue, De cet amour
qu'elle n'avait su donner et n'avait pas reçu. MARIE - JOSE WANESSE (2001) |
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L'AMITIE |
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Oui, vraiment l'amitié partagée
est la plus douce chose, Que l'on trouve ici-bas, en ce
monde morose. C'est un cadeau du ciel bien
plus précieux que l'or, Qui embellit la vie jusqu'à
l'heure de la mort. Jamais elle ne fluctue. C'est la
seule valeur sûre Qui éclipse en éclat Régent et
Koh-i-noor Plus sucrée que le miel. Plus
belle que la rose Que Ronsard célébra, et qui, à
peine éclose, Exhale au jardin son parfum
délicat, Dans toute sa beauté aux
éphémères appas. Plus pure que le lis, altier et
virginal, Qui écrivit l'histoire sur
l'étendard royal. Plus racée que l'iris qu'un
peintre, dans sa grâce, Pour la postérité fixa les
traits fugaces. Au jardin de nos coeurs, c'est
la fleur la plus rare, Celle qui nous émerveille au
tout premier regard. C'est l'orchidée sauvage aux
pentes du Népal, L'Edelweiss qui cache ses
tomenteuses étoiles, Sous le glacial azur des cimes
enneigées, Et s'offre sans réserve à qui
l'a mérité. C'est la rose des sables que
l'on cueille au désert, Le cactus qui fleurit au milieu
de l'hiver, L'arc-en-ciel qui succède au
tonnerre qui gronde, Et fait croire un instant au
renouveau du monde. Si vous la rencontrez,
ouvrez-lui vos deux bras. Et pour la conserver, ne
l'effarouchez pas. Partagez avec elle vos peines et
vos bonheurs, Riez quand elle rit. Pleurez
quand elle pleure, Donnez-lui tous vos soins, en
tous temps, en tous lieux, Elle vous remerciera en vous
rendant heureux. SOLANGE MERESSE |
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AU PETIT MATIN... |
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Au
petit matin, j'ai entendu des pas qui montaient la colline ; les cailloux du
chemin dévalaient... les
cailloux rebondissaient sur le sentier...
Il est entré... Un pâle soleil
était dans l'embrasure de la porte, juste
derrière lui. Je ne lui ai pas dit de s'asseoir. La pendule affolée s'est
calmée... Il était déjà assis. Je
ne lui ai pas demandé s'il avait faim : j'ai posé la grosse miche devant lui.
Il m'a regardé, et j'ai souri, moi aussi. J'avais envie de fermer la porte
pour le retenir... mais j'entendais les clarines, très loin, et les effluves des foins entraient dans la pièce... Il
n'a rien dit, mais j'ai laissé la porte ouverte, et je me suis assise. Il
avait la miche dans ses mains, et il l'a partagée... et il m'a tendu un
morceau comme si le pain était à lui... presque
comme si le pain c'était lui... Et
il a parlé longtemps, sans doute du pays, et du temps, et des gens... et du
vent... mais je n'entendais que
la musique de ses mots. Et
j'ai pensé qu'il avait soif, et j'ai cherché de l'eau... mais je n'ai trouvé
que du vin. Il a pris la cruche à
pleines mains et il a bu à même le goulot, à petites gorgées, lentement. Il
m'a tendu la cruche et j'ai bu après
lui : c'était comme du feu qui m'échauffait du dedans. Et
il a dit : << Et toi ? >> J'ai
parlé... j'ai parlé..., des bêtes malades, de la pluie qui avait gâché les
foins... et aussi du fermier voisin, de
son chien méchant qui effrayait mes agneaux, de ma peur aussi... Il ne disait
rien, mais il avait posé sa main sur la
mienne, et rien n'était plus pareil... Un
grand soleil avait pris d'assaut la pièce par derrière, et j'ai su qu'il
était midi. Ai-je vu qu'il se levait? Il
n'a pas dit merci, moi non plus : les mots étaient trop petits... Il
a dévalé le sentier, remonté la colline en face, et un épaulement de terrain
me l'a soudain caché... Je
ne suis pas triste : il est encore là... DENISE
LEPRETRE |
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AU CLAIR
DE SOI ( RECUEIL DE LA FLASSEU 2001) |
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Aimer. Et de vibrer à fleur de mot Naît de ma plume en un sanglot Un monde noyé de pudeur, Et de douceur. Chérir la vie à fleur d'amour ; Voici qu'il vient sourire au jour Ce tendre cadeau du destin, Ce chérubin... Offrir à la main qui se tend, Au coeur mendiant, La fleur tendresse. Pleurer, revivre à fleur d'espoir Dans la détresse et l'au revoir, Ou le pardon. Se passionner à fleur de joie, À fleur de peau, À fleur d'azur, Chaque jour est une aventure. Et l'âme en fleur, Vivre d'amour et d'amitié, Ensoleillés ! GENEVIEVE
BAILLY |
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REVE EXOTIQUE |
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Avec sa peau de café
noir, Son sourire en sucre de
canne, Ce fut pour la danse
océane Qu'il l'enlaça dans
l'air du soir. Elle était d'humeur
libertine Et s'enflamma, pour la
biguine. Sur des rythmes très
syncopés Le rêve partit en
goguette, Dans un vent de rhum et
de fête Embrasant les corps
chaloupés. Toute de fièvre
libertine Elle craqua, pour la
biguine. Il n'était ni jeune ni
grand Mais fleurait bon la
Martinique. Après l'adieu c'est
nostalgique, Qu'elle lampa, son petit
blanc ! GENEVIEVE BAILLY |
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RETOUR DE
MUSE |
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La berge où se disperse un rêve
de verdure accroche ses reflets qu'on
soupçonne d'argent sans trop savoir d'ailleurs ni
pourquoi, ni comment, tels ces mots faits de riens
mais prêts pour l'aventure. De toi je sens bien là l'infime
signature plume de ciel, complice à mes
chemins d'enfant lorsque pêcheur de lune au
culot étonnant je te volais des vers pour
tirer ma friture. Tu es donc revenue ô ma douce
compagne sans qui ma vie était triste
mât de cocagne d'où je redescendais vite et
piteusement. Tu as rendu le souffle à mon
désir précaire et le bleu qu'il manquait à
l'ordre imaginaire... Et depuis j'ai repris mon vol,
au gré du vent.
JEAN
FRANCOIS SAUTIERE |
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CES MOTS - LA... |
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Ces mots-là sont à vous, amis,
je vous les donne. Prenez-les sans façon, il n'y a
plus personne à part vous qui puissiez en
tirer du profit. Gardez-les bien au chaud au
fond de la cuisine ou dans ce ce meuble ancien qui
sent bon la résine, sous des draps de lin blanc où
votre amour fleurit. Semblables aux talents cachés
de l'Evangile ils porteront du fruit et
deviendront dix mille qui sait ? peut-être plus, j'en
ai le sentiment, moi-même les ayant reçus en
cours de route dans le jour de la foi ou dans
la nuit du doute, je les redistribue un peu,
confusément. Faites-en bon usage hélas ! il
est si rare de les voir employés au rang
qui leur convient. Et si rien n'est plus laid
qu'un gros mot qui s'égare, rien n'est plus beau qu'un mot
dont le but est atteint. Jean-François Sautière Le 05 Mars 2001 |
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SOUVENIRS |
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NOBLE ESSENCE |
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- I - Un chêne sagement
commentait les saisons ; << Je savoure
Cérès et ses tièdes soirées, En automne chéris les
teintes mordorées Que mon fuyant
feuillage offre aux tendres gazons. Puis décembre me vêt
d'une blanche mouture Qu'un printanier
soleil, fidèle aux feuillaisons, Rétablit en ondine
adepte d'égoutture. Mes branchettes, mon
tronc, par la faune adulés, Offrent gîte, couvert
sans ordres libellés >>. L'arbre à bon escient
chérissait la nature. - II - <<
J'administre, ma foi, respectueusement ; Ma riche frondaison,
rayonnante faisselle, De la clarté du jour
filtre quelque étincelle Afin d'enluminer les
tapis d'ornement ; L'écorce de mon fût
caresse l'épiaire, Informe le bouvreuil
piaffant plaintivement Que le bruit porte
ombrage à tout silentiaire >>. Et les siècles
passaient... hissaient haut le niveau. Il semblait évident,
qu'en ce sain baliveau Circulerait toujours
un sang nobiliaire. DANIEL CARLIER de
LAMBRES - lez - DOUAI |
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LE TILLEUL
ET LE PAPILLON |
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Bonjour ! Bonjour !
répète le Tilleul Au Papillon Tout seul Que viens-tu faire sur
mes fleurs Prononce l'arbre des
senteurs Je me repose d'un voyage
au Japon Répond l'intrus aux
écailles de soleil Inquiet d'être chassé de
ce paradis Pourquoi ne visites-tu
pas les jardins Ajoute le Tilleul où
tant de plantes à parfums Enchanteraient encore
tes aventures Et toi murmure le
Papillon palpitant N'as-tu pas la crainte
des orages Lorsque du tourbillon
des îles La tempête te fouette le
feuillage Non! Non! dit-il en
rassurant le volatile Je n'ai peur que de mon
âge... ... et en t'abritant
comme un moustique sous l'ombrage Tu ne vis que l'espace
d’un aurore Certainement renchérit
le visiteur à mimiques Mais je peux pondre des
oeufs par plaisir Dans l'écorce de ton
corps Et les chenilles qui
viendraient à sortir Te mangeront
silencieusement ton visage. SAINT - HESBAYE |
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L'
HOMME VERT |
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Seul comme le grand soleil rouge Un homme vert marche Il est vert Parce qu'il y a des
noirs et des blancs Des rouges et des jaunes Et que tous ces coloris Ne savent pas se blairer Lui il n'a point de couleur Il est vert Tous les autres il les ignore Il ne veut les connaître Et cet homme vert a ses amours Vertes aussi Le feuillage et son habitat L'oiseau le papillon Et l'homme vert n'a pas de dieu Devant qui jouer le dévot servile Non il aime le soleil Le grand soleil rouge Et dans le chemin de Ce grand soleil rouge L'homme cherche une femme verte Qu'il aime sans la connaître Mais en qui il prend confiance Car l'homme vert a confiance Ce que les hommes blancs noirs Rouges ou jaunes n'ont pas Peut-être parce qu'ils ignorent Le grand soleil rouge. SAINT - HESBAYE |
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LES JAVELOTEUX |
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Il y a javelot et javelot. Le premier d'abord, le grand, le noble, celui des
jeux olympiques, celui qu'on propulse à plus de quatre-vingt mètres, et pour
lequel un athlète élégant affine son appel, séduisant le public par la grâce
de l'élan, superbe, un vrai danseur étoile. Et puis l'autre, celui de nos villages du Nord - Pas
de Calais, qui prend des airs modestes de grosse fléchette empennée et qu'un
javeloteux adroit dirige avec précision sur une cible en bois de peuplier, et
ce à environ huit mètres. Ici pas d'élan pour l'artiste, un mouvement de
balancier de bas en haut, d'arrière en avant, et l'engin pique son nez
métallique au sein d'un cercle de vingt et un centimètres de diamètre, voire
d'un autre, bien au centre, de six centimètres seulement, la cible se
trouvant, elle, à quatre-vingt centimètres du sol. Strict, le règlement ! Il est joli le petit bolide. De loin, on dirait un
plumet, richement et diversement coloré ; les plumes sont, dit-on,
d'authentiques plumes de dindes du Canada. Ah mais... C'est naturellement un sport d'équipe, les
javeloteux font toujours bloc, mais on peut s'entraîner seul, et les
résultats aux championnats ne sont, tout bêtement, que les additions des
points récoltés par chacun des douze meilleurs joueurs de l'équipe. Le décor, c'est le décor magique d'une salle enfumée
qui jouxte celle d'un café, dénommé, c'est original, "Le café du
javelot". Les femmes y viennent le dimanche, à l'heure de
l'apéritif, admirer leurs javeloteux de maris, et certaines d'entre elles
s'essaient aux jets avec, je dois dire, autant de bonheur que ces messieurs.
Et l'on se sent si proches entre lanceurs, se contant encore et toujours, des
histoires de javelot, tout en se mesurant sans complaisance. Le Fauqueux, ainsi nommé parce que son geste n'est
pas orthodoxe et rappelle celui du faucheur, est un assidu. Un lanceur
malheureux aussi, et pour cause, mais opiniâtre. Un jour il atteindra sa
cible... lorsqu'on la lui mettra un peu plus à gauche. Léona suit souvent son père, elle a les instructions
maternelles. Le Fauqueux ne rate pas toutes ses cibles, les jeunes femmes
entre autres. Et Joseph, "a mo du Maïeur", -lire " de la
maison du maire", n'est pas le dernier non plus. A la cible et aux
filles. Il y a des passions qui s'agitent dans le microcosme
javeloteux ! Aujourd'hui, c'est un championnat intercommunal
Solesmes-Caudry. Les "seringueux" solesmois, qui s'illustrent à
grands jets durant le Carnaval, contre les "tullistes" caudrésiens
qui travaillent aussi dans la dentelle. Il n'y a ici aucun représentant des
dites corporations ou associations mais les appellations demeurent. Tout est
profondément ancré dans ces petites communes du Nord de la France : les
sobriquets, les histoires de famille, celles de l'industrie dentellière ou
celles du socialisme local. Pour s'intégrer à tout ça, il faut bien du temps à
l'Etranger, en dépit d'un accueil chaleureux au premier abord. Mais Le
Fauqueux, Léona, Joseph, Henri, Raymond... c'est du solide ! On se positionne. Sur deux files. Javelots à
disposition. Go... L'atmosphère se tend. On commence à noter les premiers
points pour une capitalisation ultérieure. Qu'y a-t-il à gagner ? Une oie
peut-être, de la réputation à coup sûr. Il y a peu de jeunes à ce sport ancestral. Trop
statique sans doute. Trop individuel peut-être. Trop calme surtout : là, pas
l'ombre d'un fond sonore. La maîtrise du sage, la concentration du
philosophe. Joseph a un bon score, les Caudrésiens jubilent. Le Fauqueux n'a
pas joué. Tiens... où est-il celui-là ? Ce n'est pas qu'il soit d'un grand secours mais...
Depuis quelque temps Léona s'agite. Il est infernal, ce père qui joue les Don
Juan ! La scène de ménage aura bien lieu ce soir, si ça continue. Le moindre
jupon lui est une cible, et pas besoin de javelot. La partie se termine. On célèbre au bar, ou on se
désole. On commente à l'infini. On accuse, on regrette, on refait le match,
on prépare la revanche, tout ceci autour d'une bonne bière pression sans
l'ombre d'un faux-col. Le Fauqueux n'en est pas... et l'on se pose des
questions... on est plutôt narquois. Le Fauqueux n'est pas rentré de la nuit. Cette fois
la police est au fait. On interroge tout le monde. Le monde du javelot,
l'entourage de celui qui est devenu une victime. A quelle heure est-il sorti ? Ça, l'épouse sait. A
quelle heure est-il rentré dans la salle de championnat ? Léona n'a pas fait
attention. Elle s'en veut. A quelle heure ne l'a-t-on plus vu ?
On sait, mais quelle importance ? il était peut-être parti depuis longtemps.
Il n'a pas l'habitude de découcher. Ses frasques coutumières ne demandent pas
tant de dérangement. Et il tient à sa quiétude au sein du giron conjugal. Alors ? Mystère ! Le Fauqueux a disparu. Y aurait-il une femme qui aurait aussi disparu ? Non
personne. Elles sont là, chez elles, les javeloteuses, et les serveuses sont au
bar, et les autres... La dernière de ses "conquêtes", une très
jeune fille, semble particulièrement affectée et nerveuse. Dame... Elle
devient agressive et la police la
malmène un peu. - << Vous savez bien qu'il traîne toujours
après les filles, je ne suis pas la seule. Mais moi j'en ai marre !
>> - << Pourquoi ? >> - << Il est bien trop vieux ! Et puis j'ai
un amoureux, un jeune. Il va finir par tout fiche par terre ! >> Vu comme ça... C'est vrai que les "élues" ne sont pas
forcément heureuses. C'est vrai que l'une d'entre elles a pu souhaiter se
débarrasser de lui. Tout de même le faire disparaître... Alors on se remet à chercher. Les bars et leurs
caves à vin, le domaine des serveuses, les terrains vagues, les usines en
friches, les impasses, domaines des amoureux et des voyous... Peut pas être loin ! Quand on vient
"lancer" on ne prend guère d'argent. Les copains décident maintenant de prospecter avec
plus de discernement. On découpe la petite ville en secteurs qu'on affecte à
nos fins limiers, et quelques-uns d'entre eux, les plus "in",
emmènent leurs "portables" pour communiquer. Très vite la stratégie porte ses fruits. Ici, dans
une sente menant au magasin Casino, un objet bicolore jaune et bleu focalise
les attentions. - << Le javelot ! >> - << C'est un du groupe ! >> - << C'est le sien, je le reconnais !
>> - << Il a dû partir drôlement vite !
>> - << Peut-être pas de son plein gré ! >> - << Un rapt ! Grand Dieu ! Et pourquoi ?
Il est pauvre comme Job ! Et tout le monde l'aime bien... >> Qui a bien pu vouloir faucher le Fauqueux ? - << Il y a des traces, regardez... on va
les suivre, bien regroupés, pour le cas où... >> Les empreintes mènent au fond d'un petit jardin, un
de ceux qu'on appelait autrefois "les jardins ouvriers" et qui
étaient affectés aux pauvres diables pour qui les poireaux sont un luxe, au
magasin. On y va... Au fond, pas très loin, une cabane à
outils que jouxte une basse-cour miniature. Mais devant la porte... Oh ! un
gros molosse baveux. - << Allez-y mollo... Tu crois que c'est un
pitbull ? >> - << Mais non... mais il est laid et il a
l'air méchant. >> - << Regarde... derrière le chien... la
lucarne... on dirait une tête, la vitre est sale mais... >> Alors là, tout se dénoue. Le visage blême hurle, des
poings frappent la porte, le chien réagit mollement, recule même, lorsqu'il
voit la ruée débouler, le javelot en panache. Le Fauqueux est délivré ! Le chien s'est sauvé. Et devant les questions qui fusent, les curiosités
"-comment t'as survécu ? -t'as mangé des oeufs ? " les
étonnements, voire les reproches, la victime lamentable avoue son impuissance
et sa lâcheté. - << Il m'a poursuivi. Il grognait. Et j'ai
perdu mon javelot... Si je l'avais eu seulement, sûr qu'il le prenait entre
les deux yeux ! >> Si... la pitoyable compensation des faibles ! PAULE
LEFEBVRE |