SOMMAIRE DE LA CAUDRIOLE N°34

 

31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 

Mai – Juin – Juillet – août  2011

 

Illustration BD page 2

Patrick MERIC

JEUNES

 

Poèmes   page 3

Collège R. BARRAULT

Le Solitaire  page 4

Manon DENHEZ

Un drôle de colis  page 5-6

Aline GODIN

Les Z’animots de juliette et zoé  page 6

Denise JARDY-LEDOUX

Un enfant :mais tout seul  page 7

Orlane TOUPART

HUMOUR-PATOIS

 

Le chaînon manquant  page 7

Joel HERBIN

Not’ factrice   page 8-

Marcel LESAGE

Jardinage  page 9

André NOIRET

Une chance  page 9

Julien BURY

Chassez Croisez  page 10

GRASJACQ

ADULTES

 

Noble essence page 11 

Daniel CARLIER

La calomnie  page 11

M.A LABBE

La mer   page 12

Gaston GREUEZ

Pour L  page 12

Anthony CANONNE

Marylin  page 13

Marie GUILLAUMON

Une personne que j’adore   page 14

Maryse MARECAILLE

Il pleutpage 14

Jean-François SAUTIERE

Se retrouver seul  page 15

Jeanne FOURMAUX

Hélène   page 15

HERTIA-MAY

Mes jeunes années  page 16

Charly WALL

Les lauriers  page 16

Monique CIOLKOWSKI

Le son de sa voix  page 17

Stéphanie BONNEVILLE

Le lac triste   page 17

SAINT-HESBAYE

La vie est une contradiction  page 18

CLARISSE

La roulotte   page 18

Muriel MARIN

Le tilleul du manoir  page 19

Jean – Charles JACQUEMIN

Mère indigne  page 19

Christelle LESOURD

NOUVELLE

 

Mon départ pour Dijon  page 20-21

Thérèse LEROY

La maison de campagne   page 21

Gérard ROSSI

La gazette d’EMMA  page 22

M.A LABBE

Derrière la porte page 23-27

PASCAL  

Survivre  page 28-30

Hector MELON D’AUBIER

Le piquet page 31-32

Marie José WANESSE

DIVERS

 

MDA   page33

 

Infos et abonnement    

AVIS DE CONCOURS

Editions littéraires

*  Retrouvez l’auteur dans la revue littéraire.

RETOUR MENU

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Page 3

 

POEMES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

Les hiboux

Plumes douces

Quand la nuit tombe

 

Requin dévoreur

 

Les arbres sont secs

Rayons du soleil

Sur ses feuilles qui cassent

 

La mer est chaude

Bleue comme le ciel

Je m’y baigne

 

La pluie tombe

Les fleuves débordent

Elle mouille le sable

 

Feuille de thé

 

Les feuilles tombent

On les ramasse

On les jettent

 

Boule de feu

 

Un grand arbre

Très vieux

Sans feuilles

 

Des gros troncs

Des branches fines

Avec encore quelques feuilles

 

C’est un gros buisson

Vert

Ses feuilles ne s’envolent pas

 

Arbres et buissons jaunissent

Peau douce, peau de mousse

Le vent souffle

 

Dragonne du japon

 

L’arbre est nu

Sa forme est belle

Il a très froid

 

Monstre de la nuit

 

 

La mer est chaude

Le sable brûlant

Les gens s’amusent

 

Lierre rouge,

Empreintes de pattes d’oiseaux

Attention à l’envol !

 

Poteau électrique

Recouvert de lierre rouge

Emotion.

 

Quelques rayons de soleil

L’herbe fume

Près du ruisseau.

 

Niche oratoire

En forme d’obus

Sentinelle de l’Avesnois

 

Blanc noir blanc noir

Deux pies en haut

Du bouleau

 

Les vaches désertent

Les pâtures

Temps froid

 

Charmille encore verte

Juste une ou deux feuilles

En habit d’automne

 

La charmille pépie

Les oiseaux jouent

A cache cache

 

Lever de soleil

Sur les pâtures

Eblouissement

 

Dans un creux

De l’écorce

Mousse et petites pousses

 

 

Collège Renaud Barrault

Avesnelles

 

 

 

Page 3/a

 

Le Solitaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

En l’an 2046 les prisons n’existent plus et les prisonniers sont emportés dans des villages clôturés de fils barbelés touchés par la radioactivité. Simon Corey est un condamné pour un crime qu’il n’a pas commis. Un jour, les officiers chargés de lui rendre la vie plus supportable lui amènent une femme. D’abord hostile à son égard, il finit par l’apprécier jusqu’au moment où les officiers lui apprennent que son procès est ajourné et qu’il est libre. Refusant de partir sans Alicia, sa seule amie, Simon voit avec horreur les officiers lui tirer dessus, elle n’était qu’un robot.

 

Simon Corey, arrivé dans un fade et mystérieux village de l’Amérique où sont logés tous les détenus, commence tout d’abord par aller voir un prisonnier qui n’avait pas trop l’air méchant :

-« Bonjour… Je suis nouveau et je voudrais savoir comment ça marche ici ? Les officiers ne m’ont rien expliqué » demanda d’un ton poli Simon.

-« Bouge de là ! » lui rétorqua t-il.

Corey préféra ne plus s’approcher des autres et de se débrouiller seul. Il vit une petite maison miteuse, mal éclairée, qui contenait à peine l’eau potable. Il entra, visiblement il n’y avait personne, il installa ses affaires, inspecta la maison d’un coup d’œil, puis y resta jusqu’au lendemain.

Le lendemain Simon se décida enfin à sortir de son foyer.

Il se dirigea vers un homme, la trentaine, aux cheveux blonds, sales :

-« Bonjour je m’appelle Simon Corey » dit-il.

-« Salut, t’es nouveau ? » lui répondit-il.

-« Oui, comment ça fonctionne ici ? Pour manger ? »

-« Pour manger, un officier passera tous les lundis matin pour te donner ton repas pour la semaine, le reste tu fais ce que tu veux, mais dans ce village perdu, néfaste, il n’y a rien à faire. »

Simon se retira sans même dire merci et cette fois-ci alla dans la direction d’un officier :

-« Que pouvons-nous faire dans ce trou maudit ?! » s’écria-t-il.

L’officier grand et robuste se retourna d’un pas et s’écria à son tour :

-« Rentre chez toi et laisse-nous tranquille, ça sera mieux pour tout le monde ! »

Simon obéit, rentre chez lui.

On était dimanche, demain était le jour du repas. A neuf heures pile, on frappa à la porte en bois à moitié trouée et mangée par les termites. Simon alla ouvrir, il vit un officier avec, à la main, un grand sac, double des autres où, à l’intérieur, il y avait de la nourriture et partit sans donner d’explications.

Alicia se trouvait ici, sur le seuil de la porte, elle demanda :

-« Puis-je entrer ? »

Simon la fit entrer, il rangea la nourriture dans les vieux tiroirs poussiéreux, puis ils s’installèrent tout deux sur une chaise puis commencèrent une discussion.

Ils se sont présentés l’un à l’autre et ont tous deux dit pourquoi ils étaient ici ; Simon précisa qu’il n’y était pour rien dans ce meurtre. Alicia, elle, était là car elle avait été prise à plusieurs reprises en train de trafiquer des sites internet atteignant la NASA, du moins c’est ce qu’elle disait.

Les jours, les mois, les années passèrent. Simon trouvait Alicia tous les jours plus belle et plus attirante. Elle était une fille adorable, une femme gentille, séduisante et qui aime beaucoup rire.

Un jour pluvieux, accompagné d’un brouillard très épais, deux officiers entrèrent dans la piteuse maison où vivaient Simon et Alicia.

-« Monsieur Simon Corey, exporté le 26 juin 2046, est maintenant libre ce 15 décembre 2051 » dit un des officiers. Simon resta bouche bée, si heureux ; prit Alicia par la main en s’écriant :

-« Alicia ! Nous sommes enfin libres ! » Alicia ne disait rien.

L’autre officier dit d’un ton agressif :

-« Cette jeune femme reste avec nous. » Simon hurla qu’il ne partirait pas sans Alicia.

L’officier, avant de s’en aller, regarde fixement Simon en lui disant :

-« Dix-huit heures, sur la place » puis quitta la maison.

Le soir à cette heure, ils se trouvèrent sur la place. Une rangée d’officiers se trouvaient là. Un de ceux-ci fit un signe de la tête, un autre brandit une arme et tire sur Alicia, Simon vit que cette femme n’était qu’un robot.

Anéanti, il rentra chez lui le soir même, et ne parla pas pendant un ou deux ans, tellement choqué par ce qu’il s’était passé.

Il fut transféré en hôpital psychiatrique, il perdait la tête.

Manon Denhez - 2nde 4

 

 

 

 

Page 4

 

Un drôle de colis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

Sophie Way était une journaliste d’une trentaine d’années, qui avait su se faire un nom dans le monde des médias ; elle voyait dans sa carrière un moyen de s’évader. Son travail occupait une place prépondérante dans sa vie. Une vie de famille ? Quelle horreur !

Sophie aimait vivre au jour le jour. Sa vie amoureuse ne se résumait d’ailleurs qu’à une brève amourette avec un de ses collègues. Elle en souffrait, mais se forçait à penser que le mariage ne lui apporterait rien, sinon un vaste trou dans son compte en banque. Bref, Sophie se suffisait à elle-même et continuait sa brillante carrière, seule.

 

Jusqu’au jour où elle découvrit un colis où était inscrit « S.W. » au marqueur noir dans sa boîte aux lettres, sans adresse, bien coincé dans le clapet. Elle s’en saisit vivement et le soupesa. 200 grammes, jugea-t-elle en son for intérieur. Elle hésitait à aller à la Poste pour s’informer de cet envoi, mais mourait d’envie d’en découvrir le contenu. Elle opta pour la seconde solution et remonta donc chez elle. Munie du beau couteau suisse de ses 15 ans, elle découpa délicatement le carton entouré de scotch noir, soigneusement emballé. Elle découvrit dans la lumière blanche de sa cuisine un sachet congélation noyé sous une forêt de polystyrène. Elle prit délicatement l’emballage et fit glisser l’ouverture. Elle extirpa une chose dure et froide du sachet ; après quelques secondes d’étonnement, Sophie cria et lâcha l’objet, qui se révéla être une main ! Frappée de stupeur, elle prit ses clés et sortit en trombe de son appartement.

 

Elle marcha jusqu’au parc, et s’assit pour repasser cet événement dans sa tête. Les pigeons roucoulaient et picoraient, insouciants, et les enfants jouaient et riaient comme si de rien n’était ; Sophie se ressaisissait en se forçant à se calmer, mais n’y parvenait pas. Elle revoyait sans cesse les mêmes images d’horreur, la main dont le moignon suintait, recouvert de cire. Même la légèreté de l’air ne parvenait pas à lui alléger ses terribles pensées. Au bout de plusieurs minutes, Sophie décida de se reprendre en main et d’aller au commissariat apporter l’objet de ses tourments.

 

Elle remonta la Grand-rue jusqu’à son appartement. Avant d’entrer chez elle, elle prit une profonde inspiration et appuya fermement sur la poignée. Elle entra le cœur battant, se dirigea vers la cuisine, prit des gants et saisit avec un extrême dégoût le membre coupé. Elle le remit dans son emballage initial et partit au commissariat.

 

Sophie ne put s’empêcher de penser que son sac contenait une main. Frissonnant malgré la douceur printanière, elle arriva en quelques minutes. Elle poussa la porte, persuadée de sa future délivrance. Mais Sophie ne s’imaginait pas un seul instant ce qui allait lui arriver…

 

Dans l’effervescence du commissariat, dans le brouhaha ponctué de coups de téléphone, elle s’avança timidement vers l’accueil et demanda à voir le commissaire. On lui répondit qu’il ne tarderait pas à rentrer et qu’elle pouvait attendre jusqu’à son retour si elle voulait vraiment lui parler. Elle alla donc s’asseoir sur les sièges en simili cuir orange et attendit.

 

Sophie s’apprêtait à partir au bout d’un long moment d’attente quand un homme d’une trentaine d’années, aux cheveux brun grisonnant et aux yeux d’un noir profond, fit son entrée dans le commissariat. Sophie se leva d’un bond et s’avança vers lui.

Bonjour Monsieur… commença-t-elle en s’apercevant de sa maladresse.

Crew, « Enzo Crew  lui répondit-il dans un sourire.

Sophie rougit puis se reprit.

Bonjour Monsieur Crew, excusez-moi de vous déranger mais je suis venue dans l’urgence. Il m’est arrivé une chose très étrange. Puis-je vous voir dans un endroit un peu plus… privé ?

Bien sûr. Suivez-moi.

5Il l’entraîna dans un dédale de couloirs enfumés et s’arrêta devant une porte capitonnée en cuir noir.

Après vous.

Sophie entra dans la pièce et s’installa précautionneusement sur les précieux fauteuils. Le commissaire s’assit en face d’elle et dit :

Bon. Je suppose que votre venue n’est pas une simple plainte, à en juger par votre air affolé.

Et bien… ce matin, en descendant chercher mon courrier, j’ai trouvé un colis coincé dans ma boîte aux lettres, sans adresse, ni expéditeur. Je l’ai ouverte et… vous aurez quelques doutes sur ce que je vais vous raconter mais… j’ai découvert une main, coupée et dont la chair avait été enduite de cire.

Sophie grimaça en revivant cet épisode macabre.

Le commissaire visiblement étonné haussa les sourcils.

Auriez-vous cette main ?

Elle acquiesça et lui tendit en tremblant le petit sac gris. Monsieur Crew se leva et alla déposer le sachet dans la pièce voisine. Il revint s’asseoir en face de Sophie.

Je vais vous demander de décrire avec précision cette découverte. J’aimerais aussi vous demander le nom de toutes les personnes qui pourraient vous en vouloir et la liste de tous vos contacts.

 

Deux jours plus tard, les analyses demandées par Crew arrivèrent. Il tomba de haut en les examinant et s’empressa d’appeler Sophie pour lui demander de venir au commissariat.

Elle arriva quelques minutes plus tard, anxieuse à l’idée des résultats.

Mademoiselle Way…

Appelez-moi Sophie.

Très bien, mais faites de même avec moi alors ! répliqua t-il.

Sophie commençait à changer de regard sur les hommes, et ça n’était pas sans déplaire au commissaire…

Sophie, ce que je vais vous annoncer est assez surprenant…

C’est un malade mental qui a coupé cette main, de quelqu’un que je connais, que…

Non, ce n’est pas du tout cela, Sophie, calmez-vous !

La main coupée ne vous était pas destinée, c’était pour le laboratoire SW situé à côté de chez vous ; la Poste s’était trompée de destinataire et a livré le colis par erreur à votre adresse. De plus c’était une prothèse ; très bien imitée, certes, mais cela en était une !

 

Aline Godin

3ème 2

 

 

 

Page 4/a

 

Les Zanimots de Juliette et Zoé

Denise JARDY’LEDOUX

 

 

 

 

 

 

Haut

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LES FOURMIS

 

Le long fil des fourmis

T’intrigue.

Elles cheminent

Sans qu’aucun obstacle

Puisse les dévier ;

Certaines disparaissent

Sous des graines

Qui font trois fois leur taille !

Comme elles alors

Tu tentes de déplacer

La grand table du jardin

 

LE CHAT, LA CHIENNE

 

Le chat du voisin

A choisi la pelouse

Pour se chauffer

Dans les rayons

Du soleil d’été.

Heureusement

La chienne n’a pas vu

La tache noire et blanche

Que sa fourrure fait

Dans le jardin

 

 

 

Page 5

 

Un enfant : mais tout seul

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cela fait trois ans que je l’attendais : ma femme était enfin enceinte. Je cherchais, il y a cinq ans une femme jolie, intelligente, gentille, une femme sans défaut. Et c’est, il y a quatre ans que j’ai rencontré Véronique. Elle était douce et charmante.

Elle voulait aussi un enfant. Elle préférait une fille, moi un garçon. Et, il y a trois ans ceci est arrivé.

Tout se passait si bien quand soudain, à six mois de grossesse Véronique se fit diagnostiquer une maladie qui pouvait la tuer, elle ou le bébé.

Le temps passa et véronique se sentit de plus en plus mal au fil des semaines.

Son terme arriva. Elle accoucha avec beaucoup de difficultés ; mais quand je suis arrivé dans la salle d’accouchement, il fut trop tard. Elle était morte mais le bébé vivant pleurait.

C’est pour cela que depuis trois ans, je m’occupe de Benoit, mon fils, seul. En pensant chaque jour à ma Véronique.

Orlane TOUPART

 

 

 

 

Page 6

 

 

Le chaînon manquant

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

Un paléontologue

Cherchait depuis longtemps

A faire un catalogue

De tous les êtres vivants.

Darwin, il avait lu

Tout lui était connu

De toute l’évolution

De toutes les espèces.

Il lui manquait un pion

Pour terminer sa messe.

Car après les grands singes,

Y’ avait comme un grand trou

Avant l’homo sapiens

C’est à devenir fou !

Il avait beau chercher

Jamais il ne trouvait

Pourtant tout s’enchaînait !

Après les bactéries

Et les paramécies

Les algues et les poissons

Reptiles, iguanodons

Les mulots, les cochons…

Tout rentre dans l’tableau.

Puis il lut les journaux ;

Il vit des militaires

Qui partaient faire la guerre.

Il vit des hommes d’affaires

Et beaucoup de banquiers,

Des hommes politiques

Qui vantaient leurs boutiques.

Alors il fut inquiet

En découvrant les faits :

Chômage et pollution,

Misère, malédiction.

C’est alors qu’il comprit :

Nous sommes tous des fous

L’chaînon manquant, c’est NOUS !

 

Joël Herbin

 

 

 

Page 6a

 

Not’ factrice

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

Nous, notre facteur, c’est une factrice.

Pas une femme à faire des caprices,

Avec elle, on a notre courrier

Toudis à l’heure, ben régulier !

Elle arrive, de par les voyettes,

Assise, ben droite, sur s’bicyclette.

Pas une femme à faire des chichis,

Quand il fait beau, elle a l’sourire,

Mais quand il pleut, elle l’a aussi.

Elle essuie l’verre de ses lunettes ;

Les gouttes d’eau, au creux d’ses fossettes.

« Bah : qu’elle dit, j’ai déjà vu pire ! »

Elle est chargée comme un baudet !

Devant, derrière, tellement d’paquets

Qu’elle ne sait plus à du les mettre !

Des grandes enveloppes, des cartes, des lettres,

Des catalogues et des réclames

Dans du plastique, ben entortiés,

Qui vous disent : « vous avez gagné !

Quelle chance vous avez, madame !

Faites une commande, dépêchez-vous,

Vous recevrez : un riche bijou,

Une chaîne Hi-Fi, une belle auto

Si vous avez l’bon numéro. »

J’foutros tout ça à la poubelle,

Mais m’femme, elle marche à tous les coups,

Elle a des colliers plein son cou,

Et des bernoulles, plein ses amelles !

N’empêche que c’est du gaspillage

Et pour les facteurs, plus d’ouvrage

Sans compter qu’il faut sacrifier

Combien d’arbres pour faire tout s’papier.

Pour en revenir à notre factrice

Qui remplit si bien son service,

Elle fait partie de ces bonnes gens

Qui nous apportent en supplément

Leur sourire et leur amitié.

Et même si les nouvelles qu’elle donne

Elles sont pas toujours des plus bonnes,

On est content de l’voir passer !

 

Marcel Lesage

 

 

 

 

 

Page 7

 

Jardinage et poésie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est des jardiniers poètes. C’est le cas d’André Noiret, secrétaire des Jardiniers caudrésiens, qui a déjà écrit quatre chansons. Cette fois, le prix régional de fleurissement remporté par les Courtils lui a inspiré un poème, « Le Trophée », dont voici un extrait :

 

« Aux jardins collectifs, aux jardins familiaux

On y fait son bonheur, on y fait son trésor

Sans calquer sur la mode, mais cultivant le bio :

Il en est des récoltes qui valent bien de l’or ! (…)

Nous voici regardant ce trophée bienvenu

Qui arrive à Caudry, ce coin de paradis,

Récompense de tous nos jardins entretenus,

Dans nos jolis courtils, dans nos courtils fleuris. »

 

André Noiret

 

 

 

 

 

 

Page 9a

Une chance

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

Dans un regard inconnu

On peut y mettre son âme à nu

Trouver des pansements invisibles

Pour se sentir fort, même invincible

On peut toujours s'en sortir

Il faut garder ce long soupir

Il suffit d'un peu de courage

Cela peut créer des ravages

Donner l'image d'une personne

Ecouter son coeur qui résonne

C'est important

Laisser aller ces sentiments

Je n'y arrive pas

Il est interdit de se dire ça

Foncez tête relevée

Montrez votre bon côté

Cachez votre peur

Ouvrez votre coeur, sans ardeur

Tout dans la douceur

Un jour viendra, où l'on sonnera votre heure

 

Julien BURY

 

 

 

 

Page 9

 

Chassez, croisez…Dans Caudry embourbé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Curieux cet hiver : digne des grands classiques du temps jadis. Dans les veillées de Noël, blottis au coin de l'âtre, nos aînés nous les contaient jusqu’à l’aube rougeoyante. Tant et si bien qu'à force on ne les croyait plus. Ils étaient devenus d’immaculées légendes à peine crédibles, craintes et adulées tout à la fois mais sont devenues d’autant moins convaincantes que le réchauffement climatique a fait fondre depuis quelques douces décennies leur aura de glace. Par un coup de baguette magique, les voilà ressuscités, vêtus de blancs linceuls dignes d’Adamo, allégoriques, mais l’échine courbée sous le fardeau d'une cruelle réalité...

 

Au quotidien, c'est à qui nettoie son trottoir le plus tôt possible ou se décide à la dernière minute si d'aventure la pluie salvatrice tarde trop pour relaver la misère à grandes eaux. Les plus courageux,  grands solidaires devant l’éternel, raclent la neige au millimètre près en amoncelant des tas, des collines Vosgiennes dans le caniveau jouxtant leur demeure irrémédiablement menacée par l’imminente avalanche....Pitoyables et éphémères reliefs que le chasse-neige, d'une vindicative et irrésistible poussée hercynienne, détruit lors de son passage nocturne et  renvoie impitoyablement dans la bordure comme Waterloo mornes plaines...D'autres, apparemment moins solidaires, plus économes de leurs vains efforts, attendent patiemment le retour du printemps, et laissent les collines enneigées concurrencer allègrement les sommets alpins, quitte à ne plus sortir avant perpète inclus la voiture de son cocon douillet….

Les citoyens de troisième catégorie, messieurs muscles en puissance, purs et durs, expédient la neige, à grandes pelletées, dans leur propriété....Histoire de déblayer la chaussée meurtrie d’un seul coup d’un seul ! La perfide poudreuse escalade alors les murets, s'amoncelle insidieusement sous les boites aux lettres,  s’invite même dans la boite sacrée, espérant par là même qu'elle confèrera au courrier devenu rarissime le statut de nouvelles fraîches…Mais pour se faire, il faudra attendre le passage du facteur lui aussi englouti  sous la montagne du courrier en retard et la barbe blanchie par le solstice d’hiver.

Et le sel dans l'affaire du moment ?  On n'en trouve plus en Cambrésis, se raconte-t-il ces temps-ci, dans les médisantes chaumières ! Si ce n’est que sur l’occiput des têtes blanches invitées, comme le veut la tradition, au réveillon de Noël…

 

Grasjacqs

 

 

 

Page 10

 

NOBLE ESSENCE 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

Un chêne sagement commentait les saisons ;

« Je savoure Cérès et ses tièdes soirées,

En automne chéris les teintes mordorées

Que mon fuyant feuillage offre aux tendres gazons.

 

Puis décembre me vêt d’une blanche mouture

Qu’un printanier soleil,  fidèle aux feuillaisons,

Rétablit en ondine adepte d’égoutture.

 

Mes branchettes, mon fût, par la faune adulés,

Offrent  gîtes, couverts, sans ordres libellés. »

 

L’arbre à bon escient chérissait la nature.

 

II

 

« J'administre, ma foi, respectueusement ;

Ma riche frondaison, rayonnante faisselle,

De la clarté du jour filtre quelque étincelle

Afin d’enluminer les tapis d’ornement ;

 

L’écorce de mon tronc caresse l’épiaire,

Informe le bouvreuil piaffant plaintivement 

Que le bruit porte ombrage à tout silentiaire. »

 

…Et les siècles passaient, hissaient haut le niveau ;

Il semblait évident, qu’en ce sain baliveau

 

Circulerait toujours un sang nobiliaire.

 

Daniel CARLIER

 

 

 

 

 

 

Page 11

 

La calomnie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Brûlante, cuisante, la blessure échancrée

Eructe la bave qui s’écoule du mont Ragot

Entraînant tout aussi sûrement qu’un brûlot

Les mensonges sournois glissant pour supplicier

 

Mille langues ravinent la colline, venimeuses

S’insinuant au détour d’une accusation

S’infiltrant par le biais d’une machination

Erigeant d’un calvaire, les marches douloureuses

 

Souillé sous les vomissures de la perfidie

Sali dans les manipulations insidieuses

Humilié par la nauséabonde fourberie

 

L’honnête homme, torturé par la malveillance

Les reins cassés par toutes ces pratiques haineuses

Crie, la tête haute, le front pur, son innocence.

 

Marie-Antoinette Labbe

2005

 

 

 

Page 12

 

La mer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Combien de poètes et de chanteurs ont été fascinés par la mer

Et s’en sont inspirés dans leurs œuvres…

Elle est si belle cette mer, avec ses reflets d’argent et ses blancs moutons

Lorsque le flux se produit parfois limpide comme une tache d’huile ;

Mais si vite houleuse lorsqu’elle se met en colère.

Lorsque le soleil luit, on dirait des pointes d’argent qui scintillent sur elle.

Lorsqu’il se couche sur l’horizon, on a l’impression qu’une boule de feu est au dessus d’elle.

Oui, la mer…

Combien de bateaux la fendent ; elle sert de lieu de travail comme route de plaisance..

Et chaque navigateur qui la prend la découvre toujours sous un jour nouveau.

Et pourtant elle se déchaîne parfois et il faut voir ses immenses vagues et ses embruns

Qui viennent claquer sur la digue comme si elle voulait en prendre un morceau…

Puis, comme par enchantement elle redevient docile

A marée basse on peut fouler le sable et venir lui dérober ses coquillages

Lorsque la marée est haute, elle s’amuse de nous voir peureux de l’affront

J’ai toujours été attiré par la mer, elle est à l’origine de vocations

Et quand les voiliers multicolores font joujou avec elle

Elle se contente de les aider avec le vent.

Oui, je passerais ma vie

A regarder la mer.

 

Gaston Greuez

 

 

 

Page 13

 

Pour L.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

On y est c’est le printemps,

Enfin c’est le retour du beau temps.

Ca nous change,

Où tout était recouvert par la neige.

Ce qui ne change pas,

C’est les sentiments que j’ai pour toi.

Ce que je ressens à ton égard

Ne cesse de prendre de l’ampleur.

Tout comme le bonheur,

La douceur…

Aucun pleur,

En tout cas, pas de larmes de peine…

 

Ce que j’aime,

C’est apercevoir la joie de vivre

Sur ton visage,

Lorsqu’on est ensemble.

Ensemble, on écrirait NOTRE livre.

 

A.Canonne

 

 

 

 

Page 14

 

MARYLIN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

 

Les volants d’une robe blanche volent au vent.

Un vent de pureté venant des profondeurs de la ville.

Elle est belle, envolée et pure.

Sa chevelure blonde ondule dans l’air du temps.

Sa voix virevolte sur des airs de sensualité.

Egérie féminine, hors du temps, elle le laisse filer entre ses doigts.

Elle n’a aucune prise sur sa vie et ne vit qu’au travers d’images de cinéma, de clichés, d’apparences.

Sa présence est fictive et éphémère, elle flotte sur les eaux de sa vie volée.

Elle se nourrit d’Art et en est la muse.

Les mots ne la pénètrent pas, ils ne parviennent à dépasser ses lèvres charnues que très rarement.

Alcool et médicaments l’enivrent et la font exister.

Elle court à sa perte et se perd à chaque pas qu’elle fait.

Elle n’est plus qu’une image, une icône, son corps est fictif.

Elle achèvera cette fiction sur fond de chambre d’hôtel immaculée.

Les volants de sa robe blanche ne volent plus.

 

Ils sont lisses et le tissu coule sur ses jambes.

Elle entrevoit une lumière, mais celle-ci lui est inconnue.

Plus de spots de plateaux de tournage, plus de flashes d’appareil photo,

la lumière rouge de la caméra est éteinte.

Elle ne vit plus, mais c’est alors qu’elle revit.

Son au-delà est au-delà de ses espérances, elle renaît sous sa forme la plus pure.

Les mots sont ici inutiles, seule son âme l’a sauvée.

Son âme que les médias et l’alcool n’ont pu lui voler.

Les hommes sont sortis de son paysage et elle se tient debout, là, à l’entrée du paradis,

de sa vie qui peut enfin commencer.

Paysage lunaire, où le blanc de sa robe se mêle au vent, à la poussière.

Elle avance à petit pas, au ralenti.

Elle n’a plus peur, mais jubile à l’idée d’être enfin elle.

Son corps n’est plus, mais elle prend enfin vie, à l’endroit même où la mort l’a prise.

 

Mais quelque chose semble la bloquer, ses pas ne la font plus avancer, elle reste là.

Une voix pénètre son esprit et compresse ses pensées.

Elle ne pense plus, son esprit divague.

Ses jambes frêles et fragiles tremblent, elle ne peut entrer dans ce nouveau monde

qui lui ouvre ses portes.

Et soudain, un flash, ce sera le dernier qu’elle verra.

Elle le voit, lui, dans son costume présidentiel.

Il est droit, fier, digne, aux côtés de son épouse.

Cette image s’efface et laisse la place à l’homme en peignoir sortant du lit.

Une rose posée sur l’oreiller, symbole de cette union cachée.

Tout devient alors très clair :

Elle l’aime, l’aimait et regrette de ne pas lui avoir dévoilé cet amour.

« Je t’aime » sont les derniers sons mélodieux qui sortiront de sa bouche.

Elle n’est plus l’actrice, elle n’est plus la chanteuse.

Elle est La Femme.

 

Marie GUILLAUMON

 

 

 

 

Page 15

 

Une personne que j’adore

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

Mon amie Christine

Moi qui vous estime

Vous méritez le bonheur

Car vous avez bon cœur

 

Vos enfants vous aiment tant

Qu’ils ne deviennent pas méchants !

Malgré vos malheurs

Et vos douleurs

 

Que vous rencontrez !

Vous les surmontez

Où trouvez-vous le courage

Dans tout ce carnage ?

 

Vous êtes très forte

Et claquez la porte

Pour vous faire entendre

Le droit de vous défendre

 

Vous vous battez avec efforts

Et sans le moindre remord

Malgré votre grand peur

Vous aurez tout en votre faveur

 

Vous travaillez à vous épuiser

Et vous abimez la santé

Pour gagner quelques sous

Quelle vie de fou !

 

Quand on se voit

On parle de soi

Vous me remontez le moral

Certains jours qui vont mal

 

On se comprend beaucoup

Car on parle de nous

Cela fait beaucoup de bien

Malgré notre vie de chien.

 

Maryse MARECAILLE

 

 

 

 

Page 15a

 

IL PLEUT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

Il pleut sur la route...

Dans la nuit j'écoute

L'ombre lente de tes pas.

 

Des rubans d'automne

Enroulent Pomone

Qui, sage, ne s'en plaint pas.

 

C'est écrit d'avance :

L'espace s'élance,

Cher vieux compère du temps.

 

De nos amours mortes

Fuyant sous les portes,

Seuls resteront les instants.

 

La ronde anodine

Vivant de rapine

A dérobé nos chansons,

 

Nos rires, nos peines,

L'eau de nos fontaines

Et l'or simple des moissons.

 

Y reviendras-tu

Bon bonheur têtu

Toi, meilleur ami de l'homme,

 

Refaire ton nid

Dans l'arbre infini

Où l'on est si bien, en somme ?

 

 

L'été fond la route.

Dans la nuit je goûte

La présence de tes pas.

 

Le ciel est lumières

D'étoiles premières …

 

Et l'Amour ne s'en plaint pas.

 

JF SAUTIERE

30/10/2010

 

 

 

 

 

Page 16

 

Se retrouver seul

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

 

Après avoir traversé ensemble bien des épreuves

Quand arrive la vieillesse, peu à peu on se retire du monde.

On vit à deux, dans un petit cocon, avec nos manies, nos habitudes.

On ne se quitte plus, on fait tout ensemble,

Jamais on ne se prépare à l’idée, qu’un jour, l’un de nous deux partira.

Alors, lorsque l’on se retrouve seul, on se sent abandonné.

Tout s’écroule, on ne comprend plus rien,

Le choc est trop fort, trop douloureux.

C’est difficile à admettre, et personne ne peut comprendre votre état d’âme

Et combien cela fait mal.

On a besoin de parler, de parler du passé.

On n’a plus envie de vivre, et l’on craint la folie.

Puis ce sont les angoisses, la déprime qui s’installe

Et la solitude devient, jour après jour, un fardeau.

Parfois on fait semblant que ça va mieux,

Et pourtant il faudra du temps,

Se battre avant que la plaie soit cicatrisée.

Un tel désarroi ne devrait jamais exister.

 

Jeanne Fourmaux

 

 

 

 

Page 17

 

Hélène

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

J’ai posé tant de haine, sur le blanc d’un cahier

Tant de peine, chère Hélène. Par delà champs et plaines,

Guidé par ta chanson, je volerai, vilaine :

Tes sabots creusés par le rabot d’un luthier

 

Tes sabots blancs tintaient le long des peupliers

Il me venait de toi, cette diaphane image

Une sage nymphe au doux et mince corsage

L’échancrure ornée d’un fil de laine en collier

 

Affreux présage d’un corbeau près du ruisseau !

La belle reine avait, dommage, le cœur frivole.

Rendue folle du plumage d’un jouvenceau,

Partit une nuit, guidée par les lucioles.

 

Cœur de Troie, malgré toi, je serai ton sauveur.

Rompre le charme de tes godillots, je pense.

Et m’engage à revoir ta rage et la rondeur

De tes mollets danser haut jusqu’à la nuit dense.

 

Hertia May

2006

 

 

 

 

Page 17a

 

Mes jeunes années

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

Mes jeunes années ont couru dans les chemins de traverse et de vertes allées.

Dès les premiers rayons du soleil, dans les bois, les champs et les prés, les oiseaux du ciel entamaient leurs premiers chants d’allégresse, et bien souvent un vent léger s’élevait, entraînant de beaux petits nuages dans un ciel tout bleu.

 

Au loin, le bruit d’une moissonneuse-lieuse tirée par deux chevaux de trait, coupait un champ de blé pour en faire des gerbes bien alignées.

 

De jeunes enfants en sandalettes suivaient l’attelage, pour ramasser dans leurs petites mains quelques poignées de brins d’épis.

Leurs pieds et leurs mains étaient écorchés par les fétus de paille profondément enracinés.

 

A l’orée du bois de notre village, le vieux moulin dormait toujours debout, mais sans ailes. Parfois, de sa paroi se détachaient des blocs de craie arrachés par le temps, les vents et la pluie.

 

Maintenant, mes jeunes années sont passées.

 

Dans le champ, la moissonneuse-lieuse avec ses deux chevaux de trait s’est tue. Aujourd’hui, de gros engins fauchent les blés et retournent la terre dans la même journée.

 

Mais une chose est sûre, le vieux moulin de mon enfance, lui, vient de retrouver une nouvelle jeunesse, il tourne au gré des vents, grâce à ses ailes toutes neuves.

 

Oh !!! S’il vous plaît, qui peut me procurer des ailes, pour retrouver une nouvelle jeunesse.

Charly Wal

08/12/02

 

 

 

 

Page 18

 

Les lauriers

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

Au bois nous irons

Cueillir les lauriers

Avec mon père, tu auras le choix

Des couleurs soyeuses

Des blancs des roses de pourpre habillés,

Damoiselle jolie remplit un plein son tablier,

De par les chemins les prés,

La belle que voici chantait de tout son cœur

Entrait dans la danse,

A petits pas cadencés,

Gracieuse élevait sa petite menotte

Légère pour un menuet ;

Hélas son prince charmant

Oublia et le jour et l’heure

De leur rendez-vous, son cœur s’est envolé ;

Sentant bon le parfum des bois et des fleurs,

La belle courait vers sa maison

Cueillir et ramasser avec son père

Les lauriers déjà coupés

Emplir un plein son tablier et panier

Légère joyeuse, partager avec son bien aimé.

 

Monique Ciolkowski

Cambrai le 01/09/2008

 

 

 

 

 

Page 19

 

Le son de ta voix

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

J’ai entendu une voix,

Elle était loin et tout près à la fois,

D’une douceur bouleversante,

Comme un homme malheureux qui chante.

 

Au loin sa voix résonne,

Les syllabes se déchirent,

Me laissant comprendre l’ombre des consonnes,

Et les syllabes s’éclaircirent.

 

J’arrive à entendre mon prénom,

Qui peut être cet inconnu ?

Pourquoi m’a-t-il choisie pour me parler ?

Quel est le secret qu’il veut me révéler ?

 

Pourtant cette voix me rappelle quelqu’un,

Une personne que je n’ai vue qu’une seule fois,

Dont je suis subitement tombée amoureuse,

Et il fera sûrement partie de mon destin.

 

Stéphanie Bonneville

Août 2005

 

 

 

 

 

Page 19a

 

Le lac triste

 

 

 

 

Haut

 

 

De longues lucioles

Couraient folles,

Caressant le miroir

Où chaque soir

Passe fugitive

Une barque pensive.

Saint-Hesbaye

 

 

 

 

Page 20

La vie est une contradiction :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

Couplet 1 :

 

La vie est une contradiction

Hier encore tu te disais « qu’est ce que j’ai été con »

Et maintenant te v’là qui pense « finalement j’ai peut-être eu raison »

Un soir tu t’es accroché à un garçon

Et aujourd’hui tu te rends compte que ce n’était pas le bon

 

Couplet 2 :

 

La vie c’est qui dit oui, qui dit non

Un jour tu chantes, tu montes le son

Et puis le lendemain tu touches le fond

Tu restes pleuré à la maison

Et puis soudain te v’là partie avec ton baluchon

Rome, Paris, New York, et pourquoi pas Lannion

 

Refrain :

 

C’est tout un oui, tout un non

Un jour, un lendemain un peu trop con

Y’a les filles, y’a les garçons

Sortons les jupes, les pantalons

Moi j’aime le rose, et puis toi le marron

La vie est franchement une belle contradiction

 

 Couplet 3 :

 

Un jour t’as rêvé d’être Céline Dion

Le lendemain je te découvrais menuisier et puis maçon

Hier tu étais passionné de violon

Et aujourd’hui te v’là à jouer de l’accordéon

Tu veux que je te dise mon pti’Lusson ?

La vie est franchement une sacrée contradiction

 

Clarisse     

LE :16/03/2008

 

 

 

 

 

Page 21

 

LA ROULOTTE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

Au vent mauvais, au vent des alizés,

Roule sur les chemins, la roulotte,

Un sourire, il s’étonne le père Hulotte,

De ne point parvenir à trainer Tisé,

Sa vieille mule à la crinière frisée.

 

Point arrivé le poisson, jusqu’à nous,

Peuchère disent certains, la lote!

Par les vents, freiné le père Hulotte,

Attendre, pour un poisson dégoût !

Pour une vulgaire odeur de Loulou!

 

Décoiffé, les cheveux, il en a assez,

Loin de sa Dame, sa chère amie Lolotte,

Cousant et recousant sa vieille culotte,

Pour son cher homme au cœur lassé,

Charriant les vivres avec sa mule racée.

 

Un vieil homme usé, sans peur, sans Tisé,

Roule sur les chemins, la roulotte,

Un sourire, il s’étonne le père Hulotte,

De parvenir à se trainer, loin des alizés,

Sa vieille mule délaissée, âgée, vieille Tizé.

 

Muriel MARIN

02/03/2011

 

 

 

 

Page 22

 

Le tilleul du Manoir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

 

Dans mon jardin d’un peu plus de dix ares,

Sont en bonne place le romarin et l’aneth.

Jadis la propriété non morcelée possédait une mare,

A l’heure où l’on s’inquiète du devenir de la planète.

 

Cet ancien domaine arboré de plusieurs hectares

A heureusement au bout de mon jardin gardé ce tilleul,

Où furent coupés et sacrifiés tant d’arbres ;

Cet être vivant reste malheureusement le seul.

 

Il est énorme, immense et magnifique.

Il ne fut pas épargné par la foudre.

Cet arbre a été planté juste après la découverte de

l’Amérique

Mais malgré les guerres, il n’a pas subi la poudre.

 

Avec ses fleurs et son feuillage il est très beau,

Il dégage des senteurs multiples.

C’est l’habitacle des tourterelles et des oiseaux ;

Au milieu de cette langue verte, un parfum irréductible.

 

Il est le symbole de l’amitié et de la fidélité.

A connu le roi Louis 16, et la révolution,

Suffisant pour se moquer du temps, quel est son secret ?

Des siècles pour abattre ce colosse, de la démolition.

 

Une vingtaine de générations a croisé ce monument.

Sa tisane permet de lutter contre la nervosité et l’insomnie,

Espérant aux valeurs et à la protection de l’environnement,

Lui donneront l’occasion de célébrer ses ans à l’infini.

 

Jean Charles JACQUEMIN

Alias Jean Charles de BEAUMONT

 

 

 

 

 

 

Page 22a

 

MERE INDIGNE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

On pourrait croire à un mirage

Puisque je ne verrai jamais ton visage.

Maintenant, je ne dors plus la nuit

Et je me maudis.

Tu aurais pu égayer ma vie

Si je te l’avais permis.

Mais je ne voyais que les difficultés

Et je ne pouvais ou ne voulais t’assumer.

Et pourtant, je t’aimais déjà.

J’imaginais tes premiers pas,

Ton premier mot

En réponse à tous ses maux…

Mais je n’avais rien à t’offrir

Je ne pouvais que te faire souffrir.

Je devais réagir

Et j’ai choisi le pire.

Je ne peux retourner en arrière

Mais je garderai toujours cette douleur amère

Je ne pensais pas souffrir à ce point

En tuant notre destin commun.

Même si tu penses le contraire,

Mon esprit t’a rejoint

Car depuis, il erre

Toi, mon Prince ou ma Princesse,

Tu es devenu ma Faiblesse.

 

Christelle LESOURD

 

 

 

 

 

 

Page 23

 

Mon départ pour DIJON

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis deux heures, je tourne dans la maison, incapable de me décider. Je pars à contrecœur. Je quitte mes racines.

Il a encore bien gelé, ce matin ! Les vitres de la voiture sont couvertes d’une couche de glace qu’il me faut gratter avec les moyens du bord, tandis que mon chien attend patiemment, assis sur la banquette arrière.

Je laisse ma maison à regret…

 

Que des camions sur cette foutue route ! Le soleil trop bas m’aveugle. Mes yeux fatigués de tant de lumière se plissent pour chercher la bonne direction dans le dédale des grandes villes. J’ai dépassé Guise, puis Laon, cette drôle de ville médiévale divisée en ville haute ceinte de remparts et en ville basse. Je viens de traverser Reims. La douleur commence à crier dans mon dos engourdi. Derrière, mon chien parait inquiet. Assis, il regarde de tous côtés, se demandant où je l’emmène ainsi. Il est temps de m’arrêter pour lui dégourdir les pattes.

 

Bientôt trois heures que je conduis. Je ne suis pas encore arrivée à Troyes. La douleur a planté ses crocs dans mon dos. Elle ne veut plus me lâcher. J’ai beau essayer de régler ce maudit dossier, c’est peine perdue. Je m’efforce de garder ma carcasse posée contre lui. Je vais attendre d’avoir passé Troyes pour m’accorder une pause. La voiture dévore les kilomètres. Les feuilles des arbres courent sur la route entre deux passages de voitures. On dirait qu’elles cherchent leur chemin. Puis soudain elles virevoltent et s’envolent en tourbillons effrénés, se jettent et viennent claquer contre le pare-brise avec un bruit inquiétant d’escarbilles. Y aurait-il un projet de vengeance, de rébellion contre nos funestes moteurs !? Elles semblent tellement vivantes, doivent se demander « Mais qui sont ces intrus ! ».

 

Peu avant Troyes, ma fille qui m’appelle ! Tant pis, j’arrêterai ici pour manger un morceau et faire boire le chien. De la cime des arbres qui bordent la route, des régiments de feuilles s’envolent en rafales. Elles partent en reconnaissance, à l’assaut de quelque proie sans doute.

 

Je dois reprendre la route. Le ciel se couvre de lourds nuages gris. Là-bas, tout le long de la ligne d’horizon, une multitude de rais de lumière ont percé la grisaille, sans doute pour aider quelques anges à descendre ou bien à remonter. Y aurait-il une réunion au sommet ! ?

 

Je viens de dépasser Troyes. Il me reste 140 kilomètres à parcourir. Ma voiture vole dessus la route. J’essaie de respecter la limitation de vitesse mais, sur ces tronçons qui ressemblent à des autoroutes, c’est tellement difficile ! Le ciel est de plus en plus sombre. Mais du côté des anges, une grande trouée de lumière s’est agrandie, les rayons se sont élargis. Ils doivent être bien joyeux là-haut ! Je peux presque les apercevoir.

 

Ma voiture court comme un cheval fougueux. Au loin, une brume bleutée s’est posée sur les collines boisées comme un voile de douceur. Mussy : une rivière s’écoule, paresseuse, sous un pont.

Ca y est ! Je suis en Côte d’Or. Bientôt 6 heures que je suis au volant. Je me rends compte que je conduis depuis un moment sans faire vraiment attention à la route. Une douce torpeur a envahi mon esprit. J’arrête le CD de Jacques Brel qui, trop rayé depuis qu’il use cet autoradio, ne veut plus chanter un traître mot de « Sur la place ».

 

Un embranchement et me voilà perdue : Dijon tout droit, Dijon à droite. Ils sont marrants ici ! Ils font des itinéraires pour les poids lourds. Je fais demi-tour. Là, sur le bas-côté, un mouvement saccadé de couleurs. Je ralentis, croyant débusquer un chat. Non, ce n’est pas un chat mais un fier et magnifique faisan, éclatant de ses plumes de feu. Un sourire me vient aux lèvres tandis que je le regarde s’éloigner dans l’herbe qui le cache à demi.

 

Niché au creux d’un vallon verdoyant, Saint-Seine l’Abbaye. Pour l’atteindre, la route s’est transformée en épingles, longs serpents sinueux qui nous guident et nous remontent ensuite jusqu’à la sortie. Mon chien ne s’inquiète même plus de mes arrêts sporadiques pour jeter quelques mots sur le papier. Sur la banquette arrière, il dort d’un sommeil profond. Un bois s’habille d’automne, de feuilles d’or en taches pourpre. Je traverse Val Suzon, et les serpents recommencent leur danse sur la route. Beauté étrange que cet endroit mêlé de roches moussues et de forêt.

 

Me voilà arrivée à Dijon. J’aurai mis 7 heures de route pour presque 400 kilomètres. La prochaine fois, je prendrai l’autoroute ou le train !

 

Je ne ferai aucun commentaire sur mon séjour à Fontaine d’Ouche, quartier de Dijon. Sinon que le temps a passé si vite en famille que je n’ai pas encore pu faire le tour de ce fameux lac Kir, pourtant tout à côté. Que j’envie ces gens qui vivent en appartement, à n’avoir rien d’autre à s’occuper que leur petite vie tranquille, sans travaux à prévoir dans une maison qui n’est pas à eux et sans un immense terrain à entretenir, avec en plus, des parcs à portée d’yeux et de pas, la campagne dans la ville.

 

Thérèse Leroy

24/10/07

 

 

 

 

 

 

Page 23a

 

La maison de campagne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

A la maison de compagne, au bout du jardin

Le clapotis de l’eau du ruisseau,

Chante au milieu des roseaux.

Doucement le temps s’écoule : on y est bien

 

Une eau de source intarissable

Fait de ce lieu, l’agréable.

Des peupliers presque centenaires

Bordent ses rives altières

 

L’eau y est claire.

Il y a un parfum dans l’air.

On se sent à l’aise,

Entouré par des champs de fraises

 

C’est ainsi qu’à la campagne,

Le stress de la ville s’éloigne

Dans le calme qui accompagne

Une très belle journée avec sa compagne

 

Gérard ROSSI

18 Aout 2009

Diplôme de poésie néoclassique

Calonne-Ricouard

 

 

 

 

Page 24

 

LA GAZETTE D’EMMA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Page 25

 

Derrière la porte

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

J’avais entrepris l’écriture d’un manuscrit. Je me promenais dans des conjectures rocambolesques et mes rebondissements futuristes étaient multiples.

Dans le feu de l’action, j’avais perdu toute notion de la réalité présente. C’était un grand moment intemporel et cette romance d’illusionniste me donnait des ailes. Le clavier crépitait sous tous les mots entreprenants et ils venaient se coucher sur le papier.

Je respirais dans l’aventure, j’avais ma participation active, aux bonnes actions, celle du héros sans peur.

 

Ecrire, c’est comme lire passionnément le livre qu’on recherchait sur l’étagère de son imagination. On anticipe, on prévoit, on contourne, on abrège, on développe, on matérialise l’irrationnel dans des lignes de phrases cohérentes. La blancheur du papier n’est que l’invite faite à l’encre de s’installer pour le meilleur.

 

Dans cette introspection littéraire, je n’étais plus solidaire du calendrier, ni l’adepte appliqué des heures de l’horloge. Je n’étais pas certain du jour ou de la nuit.

Mes cendriers étaient pleins. Des cartons de pizza s’entassaient sur un coin de table comme des estivants sur la Place Saint Marc, un jour de pluie…

Cela faisait bien une dizaine de jours que je ne sortais plus de chez moi. J’étais dans l’action. Les bruits du couloir, les chansons des perceuses des bricoleurs du dimanche, le chien imbécile de la voisine avec ses contrariants aboiements furieux, ne m’atteignaient plus. J’étais dans l’histoire et j’y étais bien. Je voulais ne plus jamais en sortir.

La fiction relatée était plus belle que la réalité. J’enchaînais les chapitres comme un forcené libéré et l’inspiration était la proue de mon écriture emportée.

 

Pourtant, il y avait bien quelques bruits dans le couloir. Des bruits confus de porte  d’ascenseur comme si elle se refermait sans cesse, de rage de n’avoir pas de client potentiel ou comme si on la coinçait avec le pied pour attendre quelqu’un qui ne vient jamais.

 

Vous avez remarqué comme c’est diablement énervant, ces bruits cycliques ?

Ils viennent vous perturber l’esprit avec leurs tapages nocturnes de couloir éteint et ils se plaisent à résonner dans le silence du moment diffus.

 

Je tentais de repartir dans mon texte en oubliant ces grincements de glissières mal huilées. Puis j’ai entendu la voisine. Elle palabrait avec Dieu sait qui, toute en démonstration rigoureuse.

 

C’est une vraie vipère. Elle a toujours du mal à dire des autres. Elle n’a plus de salive, c’est de l’extrait de venin. Rancunière, elle cancane avec ses prières médisantes ourdies dans des oreilles complaisantes, celles à sa portée.

 

Mais je décidai de l’ignorer aussi.

Je ne voulais pas quitter la trame, l’intrigue si précieuse de mon roman !

Au briquet de mes illusions, j’allumais une nouvelle clope dans la fébrilité de mes yeux enfumés et je couchais d’autres émotions embrumées. C’était le dénouement héroïque.

 

J’ai encore entendu mon paillasson dans le couloir. On le secouait ou quoi ?

 

A croire que la femme de ménage fait ses travaux la nuit ! Ou alors, c’était dans mon histoire. Je mélangeais les deux...

 

Ma fin devait être une réussite, l’apothéose de l’aventure, le feu d’artifice du récit !

 

Il n’y a pas mon nom sur la porte.

Je suis anonyme et sans célébrité encore, mais je ne désespère pas.

 

Alors, les témoins de Jéhovah, les colporteurs costumés de tout poil, les recommandés avec accusé de réception, les pompiers et tout autre emmerdeur en tenue se cassent les dents.

 

J’aime bien entendre leurs appels. J’imagine leur espoir passager et, tout de suite après, le désespoir montant qui suit leurs coups de sonnette ! Parfois, je me tiens derrière la porte et je leur dessine des grimaces de singe ! Je m’amuse. Ils sont à quelques centimètres et ils acquiescent mes pieds de nez en faisant le pied de grue. Je danse des sarabandes gesticulantes et ils me supportent sans me voir, ces cons.

Puis, ils repartent, déconfits, déçus de mon absence trop présente.

 

Certains insistent, comme au téléphone. Ils sonnent, ils sonnent, ils sonnent comme si j’étais au fin fond du jardin alors que j’habite un appartement au troisième étage ! Ils se vengent à titre posthume avec la déception de mon ignorance sourde.

Ils sont cons, les obstinés. Ils baladent leur idée fixe en cherchant la confirmation de leur présence utile jusqu’à tambouriner contre ma porte. Ou alors, ils sont sûrs de détenir la vraie Vérité jusqu’à vous la fourbir avec toutes leurs armes fourchues.

 

N’empêche, je ne réponds jamais, sauf au livreur de pizza. Je reconnais sa voix dans l’interphone. Je le laisse monter. Je glisse un billet sous ma porte et, en échange, il laisse ma pizza devant le seuil.

 

Une petite bière ? J’ai soif…

 

J’en étais où, moi ? Il faut toujours tout raconter, tout expliquer, comme si on avait des comptes à rendre à la postérité.

 

J’entendais des « chut » dans le couloir. Il était presque six heures au coin de mon ordinateur. Six heures du matin ou six heures du soir ?

 

Si j’étais courageux, j’irais bien jeter un œil dans ce no man’s land mais je pourrais me faire alpaguer par la voisine avec tous ses soucis d’existence et ses traites impayées, son ampoule défectueuse et sa télé aux parasites toujours vivants ! Elle tenterait encore de m’ensorceler avec ses mornes œillades de tenancière de bar louche.

 

Elle est moche comme des toilettes publiques, un jour de grève de la voirie et elle pue comme une conférence de trente-six mille putois, déçus de n’être pas entendus ou alors, c’est l’odeur de son appartement rance.

 

Je pourrais tomber sur un pompier, bon œil, tout « en galonné » de médailles prestigieuses acquises dans le feu de ses actions.

Il me tendra son calendrier fleuri, comme le sésame de ma protection rapprochée.

Je devrai m’acquitter de sa taxe de sauveteur professionnel au bon gré de sa précipitation. Vous croyez qu’ils notent ceux qui ne donnent rien ?...

 

« Lui ? Il n’a rien donné à la fin de l’année, ce n’est pas la peine de vous presser, les gars… »

 

Ils remplissent un grand carnet à chacun de leur passage annuel. Ils mettent peut-être des annotations : Dix euros, venir en dix minutes, vingt euros, venir en cinq minutes, etc… C’est inquiétant, n’est-ce pas ?

 

De toute façon, avec eux, soit vous mourez grillé ou noyé… grand brûlé, avec de la chance...

S’ils arrosent leurs jardins avec la même assiduité qu’un feu d’appartement, ils doivent cultiver des nénuphars !

 

Ils viennent bien ramasser nos morceaux quand on se fait exploser sur la route. Ils sont bien emmerdés avec notre puzzle dans le désordre. Pour tout remettre en place, ils n’ont que notre carte d’identité. Vous parlez d’un Lego… De toute façon, on est mort.

Toute l’année, ils respirent des fumées nocives. Ce n’est plus un métier, c’est un sacerdoce ! Ce n’est plus une caserne, c’est une paroisse ! Pour tous ces insuffisants respiratoires, la retraite est un grand sanatorium !

 

Mais je n’ai jamais de monnaie, aussi ! (Sauf pour mes pizzas…) Et puis, je ne suis même pas propriétaire ! Qu’est-ce que j’en ai à foutre de l’incendie ! Tant que je ne suis pas dedans…

 

Et puis, laissez-moi écrire !

Ne titillez pas ma conscience avec vos sarcasmes de sauveteur.

 

Je pense aux vendeurs de Bibles, à ces prêcheurs hors norme, qui vous fourbissent leurs armes spirituelles dans l’âme avec des injonctions de payer sous huitaine autrement, à vous les calamités et les Feux de l’Enfer ! (D’où l’importance des pompiers…)

 

Vingt-quatre volumes, huit cents pages chacun. Il faut mille ans pour lire tout ça ! Et en comprenant tout à la première lecture…

 

Ils ont le visage clairvoyant, ces croyants. On dirait qu’ils astiquent leurs auras, avant de sonner. Ils sont toujours plusieurs comme s’ils avaient peur de se perdre dans les couloirs mal éclairés… Ils sont radieux, convertis et convertisseurs, pour leurs œuvres charitables. Pourtant, ils détonnent dans le couloir. On dirait des brebis égarées devant une station d’équarrissage.

On les laisserait presque entrer pour qu’ils ne prennent pas froid. Mais ils sont remplis d’aplomb rassurant, bonimenteurs de la Vérité aux pluriels de leurs exemples sans faille.

 

Ils sont plus tenaces que des morpions affamés sur un poil d’imberbe !

 

La bourse ou la Vie ! La Bible dans une main et le Diable dans l’autre !

Si vous ouvrez la porte, vous êtes cuits… Et ils appuient sur la minuterie avec la fidélité de la lumière comme témoin illuminé de leurs mensonges.

 

Ils deviennent agaçants parce qu’ils ne nous ont pas convaincus, ces bons apôtres. Il faut les évacuer sans les contrarier. Mais ils s’obstinent avec leurs regards enjôleurs.

Ils vous vendraient le Saint Graal par paquet de dix, s’ils le pouvaient. Ils vous offriraient des réductions pour Lourdes, sur les fauteuils roulants ou sur le Saint Siège... Ils vous vendraient bien votre place au Paradis :

 

« Vous désirez un nuage, une place ou deux places ? »

« Non merci… »

 

« Et un petit Dupleix, juste en face du jardin d’Eden ? »

 

« Non merci… »

 

« Une paire d’ailes alors, du premier choix, plumes made in Taiwan… »

 

« Non merci… »

 

 Difficile de les faire dégager, ces enragés.

Après une heure ou deux, ils s’essoufflent, ils perdent leur temps... Ensorceleurs, ils vous cochent sur leur listing, avec des chuchotements de confessionnal au bout des lèvres… des noires incantations...

Ils tentent bien une dernière estocade en tentant de vous exorciser avec un crucifix, tout droit béni de la place Saint Pierre de Rome, garanti vingt ans pièces et main d’œuvre.

Les clous ? Inoxydables !

 

Mais vous avez la parade !

Vous indiquez la voisine comme une grande croyante, une dévote fervente des tridentines, s’aspergeant tous les matins, du bénitier paroissial, à la première messe...

 

« Oui c’est ça, les matines !… Oui, elle est chez elle ! Allez, bon vent non, bonne route… Oui, les voies du Seigneur sont impénétrables. Oui, adieu… »

 

Après les sauveteurs, c’est le Sauveur…

 

Et le vendeur du froid ? Oui ! Le con gelé ! Après les grands feux, les foudres du Ciel, vous avez droit au grand froid ! On peut tout mettre dans la glace, beaucoup plus que votre imagination ! On crie au génie !...

 

Il passait par là. En livrant dans le secteur, il vient récupérer des clients, au hasard de la chance. Il carillonne, il tire sur la sonnette et il vous déplie sa palette de poissons congelés. Il livre à domicile pour conserver la chaîne du froid au thermomètre de votre bonne santé.

 

« Vous avez bien un congélateur ! »

 

Mais oui, j’en ai un, qui ne sert pas à grand-chose, d’ailleurs… 

 

« Oui… »

 

« Hé bien ! On va le remplir… »

 

Il vous présage des généreuses ristournes, des pourcentages bénéfiques, des cadeaux et des décalcomanies, des arrivages intéressants avec vos points accumulés.

Quand j’aurai bouffé deux cents kilos de morue glacée, j’aurai droit à un cornet de glace, à la saveur de mon choix !

 

« Mais on peut tout mettre dans la glace ! Regardez, on retrouve même des mammouths en parfait état de conservation ! »

 

Je lui demanderais bien deux steaks de ce pachyderme juste pour contrarier ses certitudes.  Et puis, j’ai froid dans l’encadrement de la porte. Il va m’enrhumer avec ses histoires glacières…

 

Non, c’est non…

 

« Mais allez voir la voisine ! Elle adore manger des sorbets et des omelettes norvégiennes. C’est une adepte convertie à la culture surgelée ! »

Alors, il gratte, sur son formulaire, le numéro de mon appartement en se promettant bien de revenir un jour d’été… Il regrette mon obstination comme si je commettais une grave erreur dans notre âge de glace…

 

Mais laissez-moi tranquille à la fin ! J’ai un livre à terminer ! Un best seller ! 

 

Dans le couloir, je pressentais un attroupement ; tous les bruits étaient bizarres comme s’ils n’avaient rien à faire dans cet endroit. Aujourd’hui, grève des locataires ! C’était peut-être les gosses du voisin en train de jouer aux gendarmes et aux voleurs…

 

Bon, j’en étais où dans mon histoire ?

 

Et les assureurs ? Vous avez pensé aux assureurs ?

J’aime bien leur empressement à vous faire signer leurs paperasses.

 

« Et votre appartement est assuré ? Je vous dis ça, c’est à cause du feu… »

 

« Oui, oui… »

 

Les pompiers sont au courant, ils viendront en marchant…

 

Ils ont une manière de vous entourlouper avec un brio qui frise le talent.

 

« Une assurance vie ? Mais c’est pour mourir tranquille ! Une assurance décès ? Mais c’est pour vivre tranquille ! Et le bris de glaces, vous y avez pensé ? »

 

Oui, le vendeur de glaces est passé aussi… 

 

« Non… »

 

« Imaginez une forte déflagration, une bombe atomique, par exemple, pas loin de chez vous. Qui va prendre en charge vos vitres cassées ? Hé oui, il faut y penser ! Vous êtes trop négligeant ! Et vous êtes assuré pour tous les tableaux que je vois accrochés dans votre salon ? »

 

« Ben non… »

 

« J’en étais sûr ! Mais vous êtes inconscient, cher monsieur ! »

 

« Ce ne sont que des photographies et des reproductions sans aucune valeur… »

 

« Mais les voleurs ne le savent pas ! Ils vous dérobent vos biens les plus précieux, comme les plus ordinaires ! »

« Je n’ai pas grand-chose… »

 

Il pourrait vous assurer contre les coups de soleil au Groenland et contre les engelures en Equateur.

 

La vie, c’est de l’inquiétude et respirer, c’est de l’inconscience. Voilà les risques. 

Vous êtes bien obligés de reconnaître qu’il a raison mais vous allez réfléchir à tout ça.

 

Alors, il sort son calepin. Il griffonne quelques fourberies à me fourguer, lors de son prochain passage dans les parages, et il me laisse son numéro de téléphone.

 

« Oui, oui ! Elle est là, ma voisine ! Je la connais ! Elle manque d’assurance, elle me le dit tout le temps !... »

 

Et il se tire ailleurs, ce mauvais sénégalais avec ses noirs desseins en contumace de signatures au bas de ses titres de garantie tout risques.

 

Bon ! Je n’ai oublié personne ?

 

Je peux me remettre à écrire mon chef-d’œuvre tranquillement ? Avec tous vos questionnements, j’ai perdu le fil de mon histoire !

 

Une jolie femme pourrait frapper à ma porte et me raconter n’importe quel boniment, je crois que je l’expédierais chez ma voisine, juste pour conserver le bonheur sans prix de ma tranquillité...

Et c’était encore du bruit dans le couloir. Un bruit impatient...

Il était six heures passées sur mon pc.

 

Tout à coup, on a heurté violemment ma porte avec un bélier !

C’était d’une violence inouïe ! Les serrures ont explosé, les gonds se sont désolidarisés, la porte a volé en éclats ! Je n’avais pas encore réalisé la férocité de l’impact. Je devais rêver éveillé…

 

Une quinzaine de bonshommes cagoulés et armés comme des maquisards décidés, à l’aube d’un sabotage réussi, a fait irruption dans mon appartement. Je n’avais pas esquissé un mouvement que j’avais pris une monstrueuse baffe dans la gueule !

 

J’ai basculé sur le parquet... Ca tiraillait de partout ! Je voyais le plâtre du plafond tomber par plaques entières, c’était un carnage ! Mon pc a volé en éclats. Mon roman !

 

Ils ont investi la baraque en fouillant les deux chambres avec un zèle de types qui se lèvent du pied gauche. Ce ne sont pas des lève-tôt, ceux-là…

 

Je me suis retrouvé à plat ventre, menotté jusqu’aux chevilles. Je n’avais même pas ouvert la bouche, que j’avais encore reçu un paquet de gifles, aux lourdes phalanges musclées, dans les dents. Je saignais un peu partout.

 

Les flics en noir étaient montés chez moi pour faire une descente…

 

C’était écrit GIGN dans leurs dos. Ils fouillaient mes armoires en jetant tout au sol. Les papiers de mes assurances volaient dans tous les sens…

Ces brutes ont déchiré le calendrier des pompiers. (Ce n’était pas celui de l’année mais j’aimais bien le paysage enneigé…)

Ils ont déniché ma commande de chez Toupargel qui avait glissé derrière la commode de l’entrée...

Ils dépiautaient mes livres pieux en les effeuillant méticuleusement. Ils ont récupéré mon disque dur et ils le lisaient sur un de leurs outils.

Mes lèvres tuméfiées étaient deux grosses limaces boursouflées. Tous ces féroces laissaient des traces noires sur mon lino avec leurs rangers cirées…

 

Ils m’ont poussé sur une chaise avec la délicatesse d’un bourreau pressé d’exécuter la sentence. J’avais les oreilles qui saignaient, sans doute à cause d’un coup de grole un peu trop caressant…

 

Mais j’étais coupable de quoi, merde ?

Ma télé avait implosé, mes carreaux étaient tous cassés, mes tiroirs étaient éventrés.

 

Putain, c’est un cauchemar ici !

 

Ils fouillaient les boîtes de pizza ! Ils voulaient faire parler les noyaux ?

 

J’étais à moitié assommé, avalant du sang et calculant mes dents manquantes avec la langue quand un costaud interrogateur s’est approché :

 

« Tu es bien Jemal Makrout Vatombé de la branche armée d’Alé Gratpa ?...

 

« Non ! Ze zui monzieur Du… Durand ! Z’écris des zishoires, des poézies, ze suis pazifiste ! Ze zui inno… zent ! »

 

Dans l’encadrement de la porte, il y avait ma voisine, elle salivait cette… zalope !

 

« Nous avons fait une regrettable erreur monsieur Durand, veillez nous excuser pour le dérangement… » Ils sont repartis comme ils étaient arrivés...

 

Depuis, je suis à l’hôpital, mais…  za va mieux…

 

Pascal

28/09/2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Page 26

 

Le piquet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

Près de la salle de classe, de là où je me trouve, assise près de ma compagne, j’ai la vue sur un arbre tout proche. Le soleil d’octobre met sa dernière énergie à revêtir ses feuilles de pourpre, de jaune ocre. Au moindre vent, ce sont celles qui virent au marron clair, qui tombent.

 

Mon esprit s’évade vers cette nature qui se meurt, mais reviendra au printemps prochain, et puis, dans la cour de récré, nous trouvons toujours l’occasion de grignoter les trésors que châtaigniers et noyers ont laissé tomber sur le sol humide.

 

Quelquefois véreux, ces fruits d’automne sont pour nous découvertes, les baies se révèlent souvent amères, nous les recrachons, mais le goût reste sur nos bouches et nous n’avons qu’une hâte, celle de nous en débarrasser, en nous désaltérant pour retrouver un vrai goût sur nos lèvres.

 

Interrogée par la maîtresse, mon esprit divaguait sur cette métamorphose de la nature, je suis incapable et comme j’en étais loin, de répondre à la question sur le lieu où la Seine prend sa source….

 

La sanction tombe et me sort de ma rêverie : me voici obligée de purger mon inattention par la plus humiliante des punitions, vis-à-vis de la Directrice, des institutrices, mais aussi auprès de mes compagnes de classe : LE PIQUET.

 

Inutile de dire que là, le mal de ventre arrive, vitesse grand V !!

 

Dix minutes à marcher devant tous, à la récréation, mains derrière le dos. Je les cache un maximum sous le tablier que Maman a acheté pour la rentrée des classes (elle l’a voulu beau, ce tablier, il se boutonne derrière : dans cette circonstance, c’est plus facile pour avoir moins froid, même si le soleil donne).

 

C’est bien ma veine, pourquoi m’a-t-on placée à gauche, près de la fenêtre, alors que j’aurais pu être simplement assise dans la rangée du milieu, où je ne peux que regarder le tableau ou l’institutrice !!!!

 

Le parcours démarre, là où les enseignants discutent pendant cette courte pause, et je l’avoue, ils ne font guère attention aux trois ou quatre élèves, privés de récréation.

 

D’abord, nous frôlons les classes des « grands » sur toute la longueur, on oblique à gauche, vers celles des « petits », nous passons devant les toilettes (ils ont de la chance, eux, ils ont des cuvettes ; chez nous, les grands, ce sont des toilettes dites « à la turque » : il faut bien viser dans le trou, ne pas salir ses chaussures et arriver à baisser sa culotte au mieux ! Pas facile à faire). Cela ne sent pas bon !

 

Et puis, on passe à la partie de la cour qui se trouve près d’un champ, on accélère le pas : on a expliqué qu’il y avait des orvets, petites couleuvres qui soit disant dorment tout le temps, mais pour nous c’est toujours des serpents !!!!

 

Ensuite, nous marchons le long du mur, dans les feuilles mortes plus ou moins humides : c’est le long de cet ouvrage de maçonnerie qu’on dispose, en fin d’année scolaire, l’estrade où nous recevrons nos prix, où nous jouerons la comédie, où nous chanterons pour la fierté de nos parents endimanchés.

 

Nous terminons sous les chênes et devant les toilettes des grands (vivement la femme de service de ce soir, car ça ne sent vraiment pas bon !).

 

Je suis mal à l’aise quand il faut repasser, encore et toujours, devant l’autorité. Loin de nous encourager, ils se joignent aux moqueries de nos camarades. Je n’ai pourtant pas l’impression d’avoir fait si mal, c’est même injuste : je rougis et j’ai mal à la tête. Je voudrais être loin, très loin d’ici.

 

Délivrance : la sonnerie de fin de récré… J’ai pensé beaucoup pendant toutes ces minutes, je suis résolue à être moins rêveuse, mais c’est pas gagné.

 

Sortie la dernière de la classe, sous le coup de la honte, voulant me préserver des quolibets des autres, (pauvres ignorants, qui n’avez même pas vu que l’automne était arrivé), Madame m’a retenue par l’épaule :

 

-« Demain petite, à toi je peux le dire, la rédaction portera sur les saisons. »

 

-« Je vous demande pardon, Madame. »

 

Je me suis enfuie à toutes jambes vers ma maison.

 

Mon goûter m’attendait : tartines beurrées et confiture maison de groseilles du jardin. C’est un régal d’habitude, mais là, je n’avais pas faim.

 

J’ai donc tout émietté, tout a été picoré dans le poulailler, et si les œufs du lendemain ont été sucrés, je n’en ai jamais entendu parler !!!!

 

M. J. Wanesse

2002

 

 

 

 

Page 27

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut